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Article invité : Planification d'un musée universellement accueillant

Le vendredi 30 novembre 2012

Même en cette ère de surabondance d'information, les musées continuent d'être l'un des grands trésors de notre société. Ils suscitent l'engagement, informent, provoquent et, contrairement aux grands festins, nous en ressortons plus riches et plus complets (sans toutefois avoir à nous desserrer la ceinture). Une bonne expérience muséale, tout comme un bon dîner, est celle où chacun se sent le bienvenu et est bien intégré. Ce n'est pas un défi banal, comme vous le dira tout bon hôte ou toute bonne hôtesse, les gens étant très dissemblables. Le confort et le plaisir de l'un peut être le désagrément et l'abject de l'autre. Il faut une planification rigoureuse pour s'assurer d'éviter toute exclusion ou déception involontaire. Bien anticiper les besoins de tous constitue un grand art et requiert certaines aptitudes.

Le 3 décembre est, chaque année, la Journée internationale des personnes handicapées. Le thème de cette année est « Briser les barrières pour créer une société inclusive et accessible pour tous ». Les six premiers principes de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées sont : le respect de la dignité intrinsèque, de l'autonomie individuelle (y compris la liberté de faire ses propres choix) et de l'indépendance des personnes; la non-discrimination; la participation et l'intégration pleines et effectives à la société; le respect de la différence et l'acceptation des personnes handicapées comme faisant partie de la diversité humaine et de l'humanité; l'égalité des chances; et l'accessibilité. Voilà une étiquette que tout bon hôte consentirait à soutenir. Le Canada a signé et ratifié la Convention.

Plus d'un milliard de personnes, soit environ 15 % de la population mondiale, vivent avec un handicap et ici, avec le vieillissement de la population canadienne, ce pourcentage augmente de façon spectaculaire. Tous les musées peuvent s'attendre à accueillir bientôt la « minorité la plus importante du monde ». Les personnes handicapées constituent un groupe beaucoup plus diversifié que tout autre groupe minoritaire dans lequel vous pourriez vous retrouver. Anticiper les besoins d'un grand groupe n'est pas aussi simple que de proposer un plat végétalien sans gluten sur votre menu. Cependant, tous s'entendront pour dire que les mesures que vous prendrez pour bien accueillir et intégrer les visiteurs ayant un handicap rendront l'expérience globale meilleure pour tout le monde.

Les systèmes numériques constituent aujourd'hui un bon outil d'accueil des visiteurs à la disposition des musées (que notre grande tante Hilda ou d’autres hôtes n’ont pas à leur disposition). Ces systèmes s'avèrent fort efficaces pour détecter les besoins des visiteurs, communiquer leurs besoins de manière appréciable et discrète, changer d'avis et pour affiner leurs demandes sans se sentir abusifs. Ils nous permettent, en tant que visiteurs, de faire connaître nos besoins et de faire en sorte que l'ensemble de nos interactions numériques soient automatiquement adaptées à ces besoins. Tous les boutons peuvent, par exemple, devenir plus grands, le texte peut nous être lu ou apparaître dans un contraste plus fort, les fichiers audio peuvent être sous-titrés ou entendus plus fort.

 

Hand position for the wrist

Concept 1 de support du poignet : créer une position de main plus ergonomique pour le poignet 

Hand position for the wrist (2)

 Concept 2 de support du poignet : position étendue de la main avec possibilité d'une partie rembourée

 

Le contenu et les expositions numériques peuvent se reconfigurer et s'adapter en fonction de chaque visiteur. Non seulement la présentation peut-elle changer, mais la façon dont nous interagissons avec l'exposition peut également se reconfigurer elle-même.Nous n'avons maintenant plus à exprimer nos préférences et nos besoins particuliers, nécessaires mais difficiles à expliquer et à justifier.

Espérons que cela permette de faire disparaître complètement l'aspect mécanique de ces expériences afin que nous puissions nous concentrer sur le contenu. Tout en améliorant l'expérience de tous les visiteurs, ces systèmes constituent donc un bon moyen de respecter notre engagement à la convention de l'ONU. Plus important encore, ils permettent à chacun de prendre pleinement part au festin de l'expérience muséale.

 

Jutta Treviranus est la directrice de l'Inclusive Design Research Centre (http://idrc.ocadu.ca), lequel aide le Musée à planifier une expérience inclusive. Jutta est également membre du Comité consultatif de la conception universelle du Musée. 

 

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