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Le symbole de la fierté

Le lundi 18 juillet 2016

J’ai récemment eu l’occasion d’interviewer Gilbert Baker, concepteur du drapeau arc-en-ciel, et de lui parler de sa vie et de son travail à l’avant-garde du combat pour les droits des personnes de toutes orientations sexuelles et identités de genre.

« J’ai toujours été fantastique et flamboyant », remarque Gilbert Baker en riant alors que nous nous asseyons pour parler de son histoire incroyable. Il a vécu énormément de remous au cours de sa vie, en partant de son enfance à Chanute, au Kansas, jusqu’à son rôle de créateur d’un symbole parmi les plus reconnus de notre époque.

Gilbert Baker a grandi dans les années 1950 au Kansas, où l’attitude était conservatrice et provinciale. Les valeurs de sa famille découlaient de ses humbles origines. Ses parents, qui « ont commencé avec rien », sont plus tard devenus des membres respectés de la classe moyenne. Pour Gilbert Baker, c’était un milieu étouffant. Il avait trouvé des moyens artistiques pour exprimer ses intérêts, mais sa perspective était souvent mal interprétée et incomprise. Comme il le dit, « grandir dans les années 1950 au Kansas, ce n’était pas l’endroit pour une personne aussi gaie que moi ».

À la fin de ses études secondaires, il était prêt à tout laisser derrière lui. Recruté dans l’Armée américaine le jour de son 19e anniversaire, il s’était mis en tête d’étudier la médecine. Mais il a vite découvert que la médecine ne lui permettrait pas d’être créatif. C’est alors qu’il s’est senti appeler par San Francisco.

Après avoir appris à coudre sur la machine d’un ami, Gilbert Baker a commencé à confectionner des bannières – beaucoup de bannières. Harvey Milk1, qui était un de ses bons amis, lui demandait souvent de créer des bannières pour des manifestations. Comme beaucoup d’autres, Gilbert Baker rejetait l’ancien symbole de la communauté gaie – le triangle rose. À leur égard, il s’agissait du mauvais symbole. Le triangle rose venait du régime de Hitler et faisait partie d’un code d’oppression et de meurtre. Il avait été utilisé dans les camps de concentration pour identifier ceux qui avaient été trouvés coupables en vertu des paragraphes 174, 175 et 176 du Code pénal du Reich, qui interdisaient toute relation intime entre personnes de même sexe.

Cependant, selon Gilbert Baker, il fallait que le mouvement ait un symbole. En repensant au bicentenaire des États-Unis de 1976, il s’est mis à réfléchir au type de symbole qui représenterait le mieux sa communauté. Et nous connaissons tous et toutes la suite de l’histoire.

Le premier drapeau arc-en-ciel a été hissé en 1978. Comme le raconte Gilbert Baker, « dès que le drapeau a été déployé, ma vie a changé à jamais ». Pour lui, le drapeau arc-en-ciel a toujours été une prise de position sur les droits de la personne. Mais plus encore, il s’agissait de « quelque chose qui vient du plus profond de l’âme de notre communauté. L’idée que nous sommes toutes les couleurs, tous les genres, tous les sexes, toutes les races; nous sommes toute la gamme de l’humanité. Et ce constat devient provocateur et puissant quand on parle de notre sexualité. »

Gilbert Baker est assis sur un énorme drapeau arc-en-ciel qui se prolonge derrière lui. Plusieurs personnes tiennent les côtés du drapeau.
Gilbert Baker, le fier concepteur du drapeau arc-en-ciel.

 

Bien que le drapeau l’ait rendu célèbre et notoire, Gilbert Baker est resté un artiste engagé auprès de sa communauté. Et malgré le succès du drapeau, il a connu des moments difficiles : « Ça n’a pas toujours été un monde de licornes et de paillettes », explique-t-il, alors que notre entrevue tire à sa fin. Vu que le drapeau est du domaine public, il n’a certainement pas enrichi son créateur, du moins pas de façon matérielle, mais pour Gilbert Baker, il représente la grande réalisation de sa vie. Le drapeau est devenu un important symbole des personnes de diverses orientations sexuelles et identités de genre, mais il reste du travail à faire. Ce travail se manifeste et se définit encore : « Nous sommes une tribu planétaire, nous existons partout, mais nous ne sommes pas libres partout. »

 


1 Harvey Milk est l’une des 50 personnalités en vedette dans notre chronologie sur les droits de la personne qui couvre le mur nord de notre galerie Que sont les droits de la personne?.