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Sans laisser de traces

Le mardi 4 septembre 2012

Le 30 août avait lieu la Journée internationale des personnes disparues. Le billet de cette semaine porte sur les disparitions forcées qui ont été perpétrées par les autorités du Guatemala lors de la guerre civile (durant les années 60 à 90). Au cours de cette guerre, 200 000 personnes ont été tuées et 45 000 ont disparu.

Sans laisser de traces

Imaginez être réveillé en pleine nuit par des coups violents frappés à votre porte. Des agents armés du gouvernement empoignent l’un de vos proches et s’enfuient dans une voiture banalisée. Le lendemain matin, vous vous rendez au poste de police, mais vous n’obtenez aucune réponse à vos questions. On vous dit qu’il n’y a aucun dossier concernant cette arrestation. Jour après jour, vous espérez le retour de votre proche sans savoir s’il est encore en vie. Aucun dossier, aucune preuve du crime ni de ce qui est arrivé à la victime après son enlèvement. Comment pouvez-vous réclamer que justice soit rendue en l’absence de toute preuve qu’une injustice a été commise? 

L’enlèvement secret d’une personne par un gouvernement ou par ses agents est appelé « disparition forcée ». Les victimes sont maintenues en captivité sans aucune protection juridique et sont souvent torturées, agressées sexuellement et éventuellement exécutées. Les amis et les familles ne sont jamais mis au courant du sort de ces victimes.  

 

Un cahier avec des portraits de personnes et des noms

Des dizaines de registres et de carnets ont été trouvés. Ces documents contenaient les noms et les photos d’un nombre incalculable de personnes détenues [au Guatemala]. Le document sur la photo est daté du 24 juillet 1967 (Photo offerte par la National Security Archive).

 

La disparition forcée est un crime

Depuis la fin de la guerre en 1996, les Guatémaltèques ont lutté pour reconstituer leur mémoire historique et pour traduire les auteurs de ces crimes devant la justice. La Convention internationale de 2006 pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées fait des enlèvements et des détentions secrètes des crimes en matière de droit international, et cherche à rendre les gouvernements justiciables pour les disparitions forcées.

 

Deux mains tiennent un document avec quatre photos d'une même personne.

Bien qu’il faille du temps avant que les premiers groupes de documents soient rendus accessibles publiquement, les dossiers fourniront aux familles des personnes disparues de très nombreuses preuves concernant les activités du gouvernement du Guatemala durant le conflit (Photo offerte par la National Security Archive).

 

Le droit à la vérité

Il existe un lien incontestable entre les archives (preuves documentaires et historiques) et les droits de la personne. Les documents d’archives peuvent servir à faire respecter ou à protéger les droits individuels et collectifs. Ils peuvent servir de moyens de réconciliation et de guérison et peuvent servir à engager des poursuites et à défendre le droit à la justice en cas de violation des droits.

Bien que les documents d’archives puissent être utilisés pour protéger les droits, ils peuvent aussi servir de moyen d’oppression. Les dossiers créés par la Force nationale de police du Guatemala, chargée de l’application des dispositions législatives relatives à la sécurité durant la guerre civile, ont été utilisés dans les activités visant à repérer et à surveiller les « éléments subversifs ».

La documentation peut devenir un outil puissant pour contrôler les citoyens et pour manipuler la vérité. Lorsqu’une commission a été créée pour examiner les gestes de violence commis durant la guerre civile au Guatemala, toutes les demandes d’accès à la documentation ont été refusées. Les représentants officiels ont prétendu que les dossiers avaient été détruits ou n’avaient jamais existé.

 

Une salle pleine de d'archives.

Les dossiers récemment découverts de la police guatémaltèque remplissent des dizaines de salles dans cinq immeubles appartenant à un service de police actif de la Zone 6, au centre-ville de Guatemala (Photo offerte par la National Security Archive, © Daniel Hernández-Salazar). 

 

En 2005, lors des enquêtes concernant des allégations d’entreposage dangereux de munitions, le bureau des droits de la personne du gouvernement du Guatemala a découvert une imposante collection de documents. Répartis dans cinq immeubles et totalisant plus de 75 millions de pages, ces documents appartenaient à la Force nationale de police du Guatemala.  

Une personne dans une salle d'archives prend des notes.

La directrice du projet sur les archives guatémaltèques, Kate Doyle, a consulté les archives policières en août et en septembre [2005]. Les immeubles dans lesquels les documents sont conservés sont dans un tel état de détérioration en raison de la présence de déchets, de vermine et de moisissures que les employés qui y travaillent courent de graves risques pour leur santé (Photo offerte par la National Security Archive).

 

Depuis cette découverte, des archivistes ont passé plusieurs années à trier, à nettoyer, à énumérer et à déchiffrer des dossiers dans le but de trouver ce qui est advenu des quelque 200 000 victimes de la guerre civile.  

En 2008, les tribunaux du Guatemala ont commencé à juger les personnes accusées d’être responsables des disparitions forcées durant la guerre. La découverte de ces archives a permis aux familles des personnes disparues d’obtenir le droit à la vérité. Le droit de connaître le sort réservé à leurs proches. Le droit de rétablir la justice. 

 

Par Heather Bidzinski, Responsable des collections
En collaboration avec Clint Curle, Chercheur

 

Les auteurs de ce billet aimeraient souligner la très grande générosité de Kate Doyle, de la National Security Archive, pour leur avoir accordé la permission d’utiliser des photos et pour leur avoir fourni des informations générales supplémentaires.

 

Pour plus d’information :

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