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Trois femmes remarquables qu’il faut connaître

Le vendredi 20 avril 2018

Comment peut-on changer les choses? Comment peut-on provoquer des changements positifs quand on est exclu des cercles du pouvoir? Pour les femmes qui, historiquement, ont été exclues de ces cercles, la réponse consiste souvent à s’attaquer aux structures mêmes qui ont servi à les maintenir loin du pouvoir. Dans le cadre de notre nouvelle exposition, Cheminements : Les droits au Canada depuis 150 ans, nous explorons le travail de plusieurs femmes marquantes dont les efforts incessants ont provoqué un changement durable. Prenons Thérèse Casgrain, Carrie Best et Ellen Gabriel, par exemple; si vous ne connaissez pas ces femmes extraordinaires, c’est l’occasion de corriger cette lacune! En différents lieux et à différentes époques au cours des 150 dernières années, elles se sont courageusement opposées au statu quo et leurs luttes ont donné lieu à d’importants changements pour toutes les femmes, et particulièrement les femmes marginalisées par des facteurs économiques ou politiques ou par leur statut juridique.

 

Portrait en noir et blanc d’une femme

Thérèse Casgrain en campagne électorale, Québec, 1967. Elle a été nommée au Sénat à l’âge de 74 ans. Photo : Bibliothèque et Archives Canada, Yousuf Karsh

Née en 1896, Thérèse Casgrain est la première femme à avoir dirigé un parti politique au Québec. Participant à des activités politiques, sociales et syndicales tout au long sa vie, Thérèse Casgrain se passionne pour une foule d’enjeux, notamment le droit de vote pour les Québécoises, qui ne l’avaient pas obtenu en même temps que les femmes de nombreuses autres provinces. De 1928 à 1942, elle est présidente de la Ligue pour les droits de la femme, menant pendant 20 ans la lutte pour le droit de vote des femmes, et l’obtenant à l’échelon provincial en 1940. Thérèse Casgrain ne craint pas l’échec : de 1942 à 1962, elle se présente à neuf reprises aux élections fédérales et provinciales, même si elle est battue chaque fois. Elle est élue chef de l’aile québécoise de la Fédération du Commonwealth coopératif (CCF) en 1951, ce qui en fait la première femme à assumer la direction d’un parti politique au Québec. Elle continue à militer pour les droits de la personne et les droits des femmes sur les scènes nationale et internationale, de même que pour la paix mondiale et, en 1970, elle devient sénatrice indépendante. Dans son autobiographie parue en 1972, Thérèse Casgrain maintient que le plus important, c’est de continuer à poser des questions difficiles et de remettre en question le statu quo : « Toute ma vie, j’ai préconisé qu’il fallait questionner, prendre position et agir. »

 

Une femme lisant un journal.

Carrie Best, fondatrice et rédactrice en chef du Clarion, premier journal appartenant à la collectivité noire en Nouvelle-Écosse, date inconnue. Le journal met l’accent sur des questions liées à la justice raciale et à l’égalité. Photo : The Chronicle Herald

Carrie (Prevoe) Best naît en 1903 à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse. Éditrice et écrivaine, elle milite aussi contre le racisme. En 1941, avec son fils Cal, elle défie la politique ségrégationniste du cinéma de sa ville, le cinéma Roseland – cinq ans avant la visite historique de Viola Desmond dans ce cinéma. Bien qu’elle perde sa cause en justice, Carrie Best poursuit son militantisme en devenant cofondatrice et éditrice du journal The Clarion, le premier journal de la Nouvelle-Écosse à appartenir à des personnes noires. À la fin des années 1960, le journal Advocate, de Pictou, l’engage pour rédiger une chronique sur les droits de la personne. Elle y parle du traitement réservé aux peuples autochtones de Nouvelle-Écosse et de leurs conditions de vie. Elle mène aussi une enquête, rapportée dans le journal Advocate, au sujet de l’impôt foncier plus élevé que doivent payer les personnes noires habitant sur une certaine rue de New Glasgow. Elle découvre que ce taux d’imposition élevé est une tentative de forcer les personnes noires à vendre leur maison pour faire place à un projet de développement. Son enquête journalistique à ce sujet constitue la base d’un rapport qu’elle présente à la Commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse. En 1975, Carrie Best met sur pied une organisation vouée à aider financièrement les femmes noires à poursuivre leurs études. Son militantisme est récompensé par de nombreux prix. Elle est notamment faite officière de l’Ordre du Canada et reçoit l’Ordre de la Nouvelle-Écosse.

 

Un homme regardant vers le photographe avec des jumelles, debout près d’une femme qui est aussi debout.

Ellen Gabriel, négociatrice des Mohawks, qui observe depuis les barricades les troupes qui approchent de Kanehsatà:ke (Oka) au cours de l’été 1990. Photo : The Montreal Gazette, John Kenney

Militante et artiste de la nation mohawke de Kanehsatà:ke, Ellen Gabriel, aussi connue sous le nom de Katsi’tsakwas, est membre du clan de la Tortue. Elle défend les intérêts des peuples autochtones, ceux des femmes autochtones en particulier, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde, notamment dans des causes comme l’enquête sur les filles et femmes autochtones disparues et assassinées, l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, et d’autres enjeux. En 2004, elle est élue présidente de l’association Femmes autochtones du Québec. La lutte qui contribue le plus à la faire connaître est probablement celle qui anime encore sa fibre militante : la lutte pour conserver les terres mohawkes et les protéger contre le développement illégal. Ellen est négociatrice pendant la Crise d’Oka en 1990, quand la Sûreté du Québec et l’armée canadienne sont déployées pour démanteler une barricade érigée par les Mohawks de Kanehsatà:ke pour stopper le développement sur l’un de leurs sites les plus sacrés. Selon la tradition de la Maison longue, les femmes sont les protectrices du territoire; ce sont elles qui préservent les connaissances traditionnelles dans la lutte contre le développement illégal. Ellen Gabriel se bat encore aujourd’hui pour les terres qui appartiennent au peuple mohawk. Elle est une inspiration pour les milliers de femmes autochtones au Canada qui poursuivent la lutte, pour cette génération et les générations à venir.

Thérèse Casgrain, Carrie Best et Ellen Gabriel : trois femmes dont le militantisme continue à inspirer les femmes et les hommes du Canada. Comme leur histoire nous l’apprend, pour agir, il faut d’abord une solide conviction et un profond désir de changer les choses. Les gens qui provoquent le changement viennent de tous les milieux et de nombreux horizons, mais partagent une détermination commune à faire du Canada une société plus juste.