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Une chirurgienne canadienne avant-gardiste met sa vie en danger

Le mercredi 7 mars 2018

Dominique Corti, enfant, avec sa mère Lucille Teasdale Corti.
Photo : gracieuseté de Dominique Corti, M.D., Fondation Teasdale-Corti 

 

Lucille Teasdale Corti, de Montréal, est l’une des premières chirurgiennes du Canada. Pendant plus de 30 ans, elle a consacré sa vie à l’hôpital Lacor, près de Gulu, dans le nord de l’Ouganda, parfois en période de guerre et de violence.

Lucille Teasdale avait été invitée à travailler à l’hôpital de Lacor par son futur mari, Piero Corti, un médecin originaire de Milan, en Italie, qu’elle avait rencontré à Montréal. Le Dr Corti voulait mettre un hôpital sur pied à l’étranger et l’occasion s’est présentée de transformer une petite clinique pour en faire un établissement médical complet. Il avait besoin d’une personne pour faire les opérations chirurgicales et a convaincu Lucille de travailler avec lui en Ouganda.

 

Une vue aérienne d'un hôpital dans un environnement rural.

Hôpital Lacor, 2007. La Dre Teasdale Corti et son mari Piero Corti aident à transformer une petite clinique en complexe hospitalier et centre de formation. L'hôpital poursuit son développement.
Photo : St. Mary's Hospital Lacor, photographie par Mauro Fermariello

 

Lucille Teasdale arrive à hôpital de Lacor en 1961. C’est le début d’une carrière qui durera toute sa vie et au cours de laquelle elle répond aux besoins de la population de la région et forme le personnel médical ougandais. Travailler à l’hôpital ne va pas sans difficulté. Au début, la Dre Teasdale Corti est la seule chirurgienne dûment formée et sa charge de travail est lourde. En plus de sa journée de travail normale en chirurgie, elle est de garde 24 heures sur 24, tous les jours de la semaine, pour répondre aux urgences. Elle doit souvent consulter des manuels médicaux pour apprendre par elle-même de nouvelles méthodes chirurgicales.

D’autres problèmes surviennent à l’hôpital en 1971 en raison des conflits et de la débâcle économique qui découlent du coup d’État mené par Idi Amin Dada. Au cours de cette période, la région de l’hôpital Lacor est relativement calme, mais les fournitures dont on a cruellement besoin sont difficiles à trouver. L’alimentation de l’hôpital en électricité n’est plus fiable et il faut utiliser des génératrices pour assurer le fonctionnement. Si une panne d’électricité survient pendant que la Dre Teasdale Corti effectue une opération chirurgicale, elle s’arrête quelques minutes le temps qu’une génératrice de secours soit mise marche. C’est à cette époque qu’avec son mari, Piero Corti, elle décide que leur fille Dominique ne peut plus rester en Ouganda. Il y va de sa sécurité, bien sûr, mais aussi de son éducation, puisque le coup d’État avait fait éclater le réseau de l’éducation de l’Ouganda. Ils prennent donc la difficile décision d’envoyer Dominique, alors âgée de neuf ans, en Italie, dans la famille de son père.

À la fin des années 1970, le renversement d’Idi Amin Dada déclenche des décennies d’agitation civile en Ouganda, et la région de l’hôpital de Lacor se retrouve au cœur du tourbillon. La Dre Teasdale Corti doit maintenant traiter les soldats et les civils blessés qui commencent à arriver à l’hôpital, lequel devient la cible de diverses factions armées. Des parties du complexe sont détruites, des médicaments sont volés et des membres du personnel médical se font kidnapper. Le manque de matériel demeure problématique. Malgré tout, la Dre Teasdale Corti et tout le personnel de l’hôpital de Lacor continuent à respecter les normes professionnelles, et ce, même pendant les périodes les plus sombres de l’histoire de l’hôpital.

Lucille Teasdale Corti pourrait quitter cette violence et ces difficultés et pourtant, elle choisit de rester. Elle déclare dans une entrevue :

« J’ai eu la chance de naître avec… une force morale. La force morale, on l’a ou on ne l’a pas. Si on l’a, on arrive à faire face à toutes les difficultés qui se présentent jour après jour. Si on ne l’a pas, et si on atteint un point où on se dit qu’on n’en peut plus, alors on fait sa valise et on rentre chez soi. Mais si on est convaincu de ce que l’on fait, si on y croit profondément, alors on reste. Il n’y a pas d’autre moyen. »

En opérant des soldats blessés au milieu des années 1980, la Dre Teasdale se coupe la main sur des fragments d’os. À son avis, la meilleure façon de retirer des fragments d’os résultant d’une blessure par balle, c’est de le faire à la main. Malheureusement, les fragments sont si acérés qu’elle se coupe malgré les gants chirurgicaux qu’elle porte. C’est ainsi qu’elle contracte le VIH, puis devient malade du sida. Elle continue à travailler après ce diagnostic, mais ne pratique que les opérations à haut risque, quand la vie des gens en dépend, et seulement si personne d’autre n’a les compétences pour les réaliser. Elle travaille encore dix ans après avoir contracté le VIH/sida et s’éteint en 1996.

Pendant la carrière de la Dre Teasdale-Corti dans le nord de l’Ouganda, l’hôpital de Lacor passe d’une clinique de 40 lits à un complexe hospitalier complet, comptant 450 lits et un centre de formation. Tous les ans, plus de 250 000 personnes sont traitées à cet hôpital par un personnel soignant composé de plus de 600 personnes d’origine ougandaise, et de centaines d’étudiants et étudiantes en médecine.

Dominique Corti poursuit le travail entrepris par ses parents. Présidente de la Fondation Teasdale‑Corti en Italie, elle est aussi membre du conseil d’administration de la section canadienne de la Fondation. Elle veille à ce que l’hôpital de Lacor dispose du soutien financier, technique et logistique dont il a besoin pour continuer à servir ceux qui en dépendent, que ce soit pour y recevoir des soins ou pour y suivre une formation médicale.

 

Le Musée canadien pour les droits de la personne relate la vie de la Dre Teasdale Corti dans l’exposition Médecins canadiens sur le terrain, qui explore l’expérience de trois médecins canadiens qui ont décidé de travailler en zones de conflit.