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Une nouvelle exposition sur la réconciliation au Canada

Le lundi 17 août 2015

La réconciliation est une notion complexe qui peut prendre plusieurs sens, plusieurs formes. Elle englobe de nombreuses valeurs, comme la vérité, la justice, la guérison et le pardon. Toutefois, prises individuellement, ces valeurs ne mènent pas forcément à la réconciliation. Une compréhension commune des événements du passé constitue un premier pas important vers la réconciliation.

Une nouvelle exposition sur la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) vient d’ouvrir au Musée. Située dans la galerie Inspirer le changement, au niveau 7, l’exposition est, pour le Musée, un moyen pour conduire vers cette compréhension commune. L’objectif est d’inciter les visiteurs à en apprendre davantage et à favoriser la réflexion et le dialogue autour de l’héritage laissé par les pensionnats indiens, l’une des préoccupations les plus urgentes du Canada en ce qui a trait aux droits de la personne.

L’exposition permet d’en connaître davantage sur le travail de la CVR et sur le sens que prennent les notions de « vérité » et de « réconciliation » après une violation massive des droits de la personne. Une boîte sacrée en bois cintré, créée par le sculpteur salish du littoral Luke Marston, est également en montre. Cette boîte a voyagé avec la CVR à de nombreux événements, recevant au passage des offrandes liées aux expériences dans les pensionnats et à la réconciliation. 

Pour arriver à une réconciliation, il nous faut renouer des liens et trouver des façons de vivre ensemble qui permettront de bâtir un avenir meilleur[1]. Cela ne se produit pas d’un seul coup. Il s’agit d’un long processus où l’on doit changer les attitudes et croyances. La réconciliation peut se faire à l’échelle nationale ou au niveau politique, mais également dans les relations personnelles et à l’intérieur des communautés.

Des milliers de survivants et de survivantes des pensionnats ont travaillé sans relâche afin que ce leur vécu soit reconnu grâce à des déclarations publiques, des recours collectifs et des réparations et par l’entremise de la CVR. Reconnaître les torts du passé et les réparations, constitue une étape importante, tout comme le fait de s’engager à éliminer les inégalités économiques et structurelles[2]. Passer par une commission nationale de vérité et de réconciliation permet d’amorcer un processus officiel de réconciliation.

La CVR du Canada a été établie officiellement en 2008; sa création faisait partie des conditions de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI). Celle‑ci découle de multiples réclamations individuelles et recours collectifs de survivants des pensionnats et a été conclue après des négociations entre ces survivants, le gouvernement fédéral, les Églises et des organisations inuites et des Premières Nations.

Entrée en vigueur en 2007, la CRRPI représente le règlement de recours collectif le plus important dans l’histoire du Canada. L’une de ses conditions prévoit une compensation pour les anciens élèves des pensionnats et un dédommagement supplémentaire pour celles et ceux qui y ont subi des sévices. Le 11 juin 2008, quelque temps après que la CRRPI eut été conclue, le premier ministre Stephen Harper a présenté ses excuses au nom de tous les Canadiens et Canadiennes pour le système des pensionnats indiens.

La CVR a voyagé partout au pays, recueillant le témoignage de milliers de personnes ayant survécu aux pensionnats, ainsi que d’autres touchées par l’héritage laissé par les pensionnats. Elle a également consulté des spécialistes et mené des recherches dans les documents d’archives au sujet des anciennes politiques et activités du système des pensionnats. C’est sans compter les événements qu’elle a organisés, les projets de commémoration qu’elle a soutenus et la création du Centre national de la vérité et la réconciliation (CNVR) à l’Université du Manitoba. C’est dans ce centre que l’on conservera les documents et les témoignages recueillis par l’entremise de la CVR. Ce sera également un lieu de recherche continue et d’information sur les pensionnats.

En juin, la CVR a accompli son mandat en publiant un rapport résumant ses conclusions, dans lequel la réconciliation est décrite comme un processus continu qui consiste à établir et à entretenir des relations respectueuses[3]. On a formulé 94 recommandations pour réparer les torts causés par les pensionnats au Canada. On conclut également que les dommages causés par le système des pensionnats sont équivalents à un génocide culturel. Le Musée invite les visiteurs et les visiteuses à échanger au sujet du génocide en ce qui a trait aux pensionnats indiens et à la colonisation. De nombreux partisans de la cause encouragent toutes les personnes au Canada à lire ce rapport et à réfléchir à leur rôle dans le processus de réconciliation. On a d’ailleurs vu des gens de partout au pays se filmer en train de lire des extraits du rapport sommaire.

Dans le rapport, la CVR a également encouragé le Musée à s’impliquer activement afin de bien faire comprendre le processus de réconciliation au Canada. Nous prenons cet appel à l’action très au sérieux. L’histoire et l’héritage des pensionnats sont des thèmes que l’on retrouve dans plusieurs expositions du Musée. Nous espérons que celles‑ci inciteront les gens à parler davantage de la réconciliation au Canada.

 

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[1] David Bloomfield, Teresa Barnes et Luc Huyse. Reconciliation After Violent Conflict: A Handbook, Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale, Stockholm, 2003. 

[2] Priscilla B. Hayner. Unspeakable Truths: Transitional Justice and the Challenge of Truth Commissions, Routledge, New York, 2011.

[3] Commission de vérité et réconciliation du Canada. Honouring the Truth, Reconciling the Future: Summary of the Final Report of the Truth and Reconciliation Commission of Canada, 2015.