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Vérité et réconciliation : quelle sera la suite?

Le mardi 8 août 2017
La boîte en bois cintré de la Commission de vérité et réconciliation du Canada reflète la force et la résilience des survivants et survivantes des pensionnats et de leur descendants. Photo : Aaron Cohen/MCDP

La présente série d’articles de blogue porte sur la façon dont nous présentons le contenu autochtone et abordons la réconciliation au Musée. Définie dans les articles précédents comme un processus fondé sur l’espoir, la réconciliation demeure la grande ligne directrice d’une collection d’histoires qui témoigne de l’importance des visions autochtones du monde, de la nécessité de reconnaître les violations des droits comme une histoire commune, et du souci que nous avons de donner aux communautés la possibilité de raconter leurs histoires. Dans le dernier article de la série, j’aimerais parler de ce qui viendra après, de la façon dont nous avons adapté notre pratique en fonction de ce que nous avons appris en cours de route. C’est un processus perpétuel puisque nous cherchons constamment à rendre ce contenu plus signifiant et plus percutant pour tous les visiteurs et toutes les visiteuses.

L’année 2017 marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne mais, pour bien des peuples autochtones, il n’y a aucune raison de célébrer. L’année 2017 marque plutôt pour eux le 150e anniversaire d’une relation coloniale abusive établie avant la naissance de la Confédération et qui perdure encore aujourd’hui. Est-il possible pour le Musée d’aborder ces histoires de violation et de défense des droits de manière judicieuse en 2017? Très tôt, les conservateurs et conservatrices du Musée ont décidé d’aborder la question d’une manière qui, comme le Musée lui‑même, présente les violations des droits de la personne et des droits autochtones comme une histoire commune. Pour ce faire, nous avons créé plusieurs espaces dans les expositions et dans les programmes; certains sont consacrés à des histoires qui viennent des peuples autochtones ou qui parlent d’eux, tandis que d’autres sont centrés sur les politiques que le gouvernement du Canada applique aux peuples autochtones.

Nous refusons de présenter les Autochtones de manière monolithique ou comme des victimes, que ce soit individuellement ou comme nations. C’est pourquoi nous avons étudié différentes options qui nous permettraient de faire de la prochaine exposition, Cheminements : les droits au Canada depuis 150 ans, un lieu où nous pourrions rassembler des histoires qui illustrent toutes les façons dont les peuples autochtones ont affirmé leurs droits inhérents depuis 150 ans, face aux nombreuses et perpétuelles violations subies. L’intention ici est d’insister sur l’idée que, si la société canadienne et les législateurs canadiens veulent vraiment savoir ce que les gens veulent, ils doivent vraiment les écouter.

De plus, nous avons cherché des moyens de donner la priorité aux visions autochtones du monde. Une solution consiste à créer un espace d’exposition exclusif et à y inclure une série d’histoires orales, conçues pour que les individus et les communautés puissent raconter leur histoire et donner leur point de vue dans leurs propres mots. Nous allons inclure des vidéoclips de ces histoires orales à même l’exposition.

En tant que conservatrice autochtone travaillant sur l’exposition Cheminements, il était important pour moi, personnellement, que les histoires soient racontées par des personnes autochtones du point de vue de leur propre vécu et de leur communauté particulière. Pour garantir l’authenticité des témoignages, j’ai demandé aux personnes que j’ai interviewées de passer en revue la transcription de l’entrevue et de m’indiquer les passages qui étaient les plus importants à leurs yeux. Je leur ai aussi demandé quelles parties de leur histoire ils voulaient faire connaître et je leur ai offert d’exposer tout objet qui, à leur avis, pourrait aider à faire comprendre leur point de vue.

Dans l’ensemble, c’était tout un défi. Au début, c’était difficile de trouver des gens qui acceptent de participer à l’exposition, puisque nous leur demandions de nous aider à définir une exposition à partir de leurs histoires. Le premier à accepter a été David Serkoak. David est un aîné ahiarmiut dont la famille a été déplacée, à partir de la région autour du lac Ennadai, vers quatre emplacements successifs dans le Haut‑Arctique, par le gouvernement du Canada, et ce, sans préavis ni consentement éclairé. Pendant près de deux jours, David a raconté son histoire à briser le cœur, et l’histoire de son retour au lac Ennadai, avec un groupe d’aînés, au milieu des années 1980. Il faut souligner que le fait de participer au projet a permis à David, par ricochet, de parler du travail qu’il réalise en ce moment pour que le déplacement de sa communauté soit reconnu.

En l’écoutant parler de son peuple, des épreuves traversées et des pertes inimaginables subies, j’ai été touchée par ce cadeau incroyable que David faisait au Musée, par son ouverture et par la générosité dont il faisait preuve en racontant tout ça. Écouter l’aîné Serkoak raconter son histoire a été l’une des expériences les plus enrichissantes et formatrices de ma carrière. Je salue le travail de ceux et celles qui ont accepté de contribuer à l’exposition et je leur suis extrêmement reconnaissante d’avoir accepté de faire connaître leur histoire.

Comment le Musée abordera-t-il ces sujets à l’avenir? Nous cherchons à donner encore plus de sens à notre engagement, en nous concentrant davantage sur le processus qui nous permet de produire du contenu, de la recherche et des expositions. Nous misons sur le travail accompli jusqu’à maintenant et nous espérons que les histoires que nous parvenons à constituer en collaboration avec les personnes et les communautés seront signifiantes pour elles, de même que pour le public canadien et international qui visite le Musée. En tant qu’institution, nous devons continuer à aborder notre travail avec humilité, en gardant à l’esprit le fait que la réconciliation demeurera toujours un parcours inachevé et que les gestes de réconciliation marquants ne sont possibles que si l’on travaille avec ceux et celles à qui l’on doit réparation, avec qui l’on doit se réconcilier.

L’exposition Cheminements : les droits au Canada depuis 150 ans ouvre en décembre 2017.