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Voir sans sa vue : Ce que j’ai appris sur la photographie grâce à Au-delà du regard

Le samedi 3 septembre 2016
Une soirée tranquille sur l'esplanade Riel, à Winnipeg. Source: Shadow Walk/Sarah Watkins

J’ai toujours pensé que les musées sont des lieux puissants. Visiter une exposition bien faite peut nous aider à grandir et à ouvrir nos cœurs et nos esprits à des idées auxquelles on n’aurait même pas pensé. Pour moi, notre exposition temporaire Au-delà du regard : Photographie internationale par des artistes aveugles est un exemple parfait de ceci.

En montre au Musée jusqu’au 18 septembre dans notre galerie du niveau 1, Au-delà du regard met en valeur les œuvres photographiques d’artistes internationaux accomplis qui ont tous et toutes perdu la vue à divers degrés. J’ai eu la grande chance de travailler avec certains de ces artistes pour créer une série de causeries intitulée Photographier sans voir, qui explorait l’idée de prendre des photos sans avoir recours à la vue. Avec un peu de recul, je peux maintenant tirer des leçons de cette expérience et je me rends compte que ces artistes m’ont aidée à découvrir une nouvelle perspective sur la photographie et les capacités.

Un aspect vraiment intéressant de l’exposition Au-delà du regard, c’est que l’art semble à la fois familier et étranger. De nos jours, tout le monde prend des photos – à la maison avec sa famille, pendant une sortie avec des amis, avec des cellulaires, des tablettes ou des appareils photo numériques. Le fait de prendre des photos est maintenant très répandu, et c’est pourquoi nous pouvons tous et toutes trouver un rapport avec cette exposition. Les artistes de l’exposition, toutefois, ne prennent pas des photos simplement pour prendre des photos ou pour figer un moment dans le temps; plutôt, ils communiquent un message. Ils réfléchissent sérieusement et délibérément à ce qu’ils vont photographier.

J’avais l’habitude de prendre des milliers de photos avec mon appareil numérique, tentant de capter exactement ce que je voyais avec mes yeux. Maintenant, à cause de cette exposition, j’ai un point de vue différent. Je prends moins de photos, mais je réfléchis sérieusement à chacune des photos que je prends. J’essaie de voir au-delà de ce qui est devant moi et de songer à ce qui me motive à prendre la photo. Est-ce que je cherche à capter l’image du pont, ou plutôt la façon dont la lumière du soir crée un motif d’ombres qui reflète la forme de la structure? Qu’est-ce qui est plus intéressant : la brume sur l’eau, ou la tranquillité que cette brume évoque au moment où je m’apprête à sauter dans le lac pour une baignade matinale?

Un lac par un matin brumeux. À la droite, au milieu de l'eau, on voit un petit quai avec une échelle.
Une soirée tranquille sur l'esplanade Riel, à Winnipeg. Source: Shadow Walk/Sarah Watkins

 

Maintenant, quand je visite Au-delà du regard, je vois les photographies d’un nouvel œil. Quand je regarde la photo créée par Evgen Bavčar qui montre une main tendue touchant le visage d’une statue de pierre, je ne vois plus seulement les objets. Plutôt, je vois l’exploration prudente et la découverte de quelque chose d’inconnu. Je ne peux m’empêcher de penser à l’artiste qui explore son monde de façons que je ne pourrais même pas imaginer, par le toucher. De même, auparavant, je percevais les peintures de lumière exceptionnelles de Pete Eckert comme de l’art abstrait. Ses photographies, créées au moyen de lampes de poche et d’autres sources de lumière dans une pièce complètement plongée dans l’obscurité, me paraissaient spontanées, aléatoires. Maintenant, les tourbillons de couleurs et les rayons de lumière me font penser à de l’énergie. Chaque modèle est représenté de façon différente, les couleurs et les motifs étant aussi uniques que la personne photographiée. Cette impression d’énergie m’était imperceptible avant que Pete me la montre par ses œuvres.

Ce changement de perspective me pousse aussi à me demander ce que signifie être « capable » de faire quelque chose. Si la photographie n’est pas au sujet de la vue, alors peut-être que la danse n’est pas toujours à propos de ce qu’on peut faire avec ses jambes, et que parler n’est pas toujours au sujet des sons qui nous sortent de la bouche. Voici la leçon que j’ai apprise de l’exposition Au-delà du regard. Nous avons davantage de similarités que de différences, donc peu importe nos différences, nous méritons tous et toutes que notre humanité, notre dignité et nos droits soient respectés de la même façon.