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Porteurs ferroviaires

Par Travis Tomchuk, Conservateur

Photo en noir et blanc de quatre hommes en tenue de porteurs ferroviaires. Tous les quatre sourient et les deux du centre se serrent la main.

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Détails des histoires

Les hommes noirs qui travaillaient comme porteurs ferroviaires au Canada à partir de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu de années 1950 étaient victimes de discrimination raciale et d’exploitation au travail. Pour améliorer leur sort, ils ont décidé de former des syndicats, comme la Fraternité des porteurs de wagons-dortoirs.

À cette époque, les possibilités d’emploi des hommes noirs étaient très limitées. En raison des comportements racistes dont ils faisaient l’objet, les personnes noires étaient considérés comme étant socialement inférieurs aux personnes blanches et devaient exercer des emplois qui renforçaient ce comportement, comme celui de porteurs de wagons-dortoirs. Des hommes de noirs venus de partout au Canada, des États-Unis, des Caraïbes et d’aussi loin que du pays de Galles et des Indes orientales néerlandaises étaient embauchés comme porteurs de wagons-dortoirs par des sociétés ferroviaires canadiennes. À ce titre, ils devaient répondre à tous les besoins de leurs passagers. 

Généralement très instruits, beaucoup d’entre eux étaient titulaires d’un diplôme universitaire en sciences, en médecine et en administration des affaires. Malheureusement, les politiques d’embauche racistes les empêchaient de travailler dans leur domaine de spécialisation. Pour bon nombre d’entre eux, la meilleure option consistait à trouver un emploi comme porteur de wagons-dortoirs. Ils devaient travailler de longues heures pour un maigre salaire. Ancien porteur ferroviaire, Stanley G. Grizzle expliquait [traduction] : « Pourquoi j’ai travaillé comme porteur ferroviaire? Je ne trouvais rien d’autre, et je ne voulais pas mourir de faim ».1

Pourquoi j’ai travaillé comme porteur ferroviaire? Je ne trouvais rien d’autre, et je ne voulais pas mourir de faim

Stanley G. Grizzle

La durée des trajets était généralement de 72 heures, mais les porteurs n’avaient pas de quartiers de repos à bord du train. Ils devaient alors faire des siestes quand et où ils le pouvaient.2 Les porteurs pouvaient manger dans le wagon-restaurant en dehors des heures normales d’ouverture, comme tôt le matin. Cependant, si des passagers lèvent tôt déjeunaient en même temps qu’eux, les porteurs devaient tirer un rideau pour se séparer des passagers.3

Afin d’améliorer leurs conditions de travail et parce que les syndicats des personnes blanches n’acceptaient pas de membres noirs, les porteurs ont commencé à organiser leur propre syndicat. Même si les premières tentatives de syndicalisation des porteurs au Chemin de fer du Canadien Pacifique se sont avérées vaines, le vent a tourné en 1939 lorsqu’ils ont commencé à s’organiser avec l’aide de la Fraternité des porteurs de wagons-dortoirs des États-Unis.4 Au cours des années suivantes, les porteurs de partout au pays ont commencé à s’organiser en secret pour ne pas perdre leur emploi. En 1942, les porteurs ferroviaires ont voté pour se syndiquer, mais la convention collective n’a été signée qu’en mai 1945. C’était la première fois dans l’histoire du Canada qu’un syndicat d’hommes noirs signait une convention collective avec un employeur blanc. Entre autres, ils ont ainsi obtenu les avantages suivants : une augmentation du salaire mensuel, des vacances payées d’une semaine et une rémunération pour les heures supplémentaires.5

Cependant, la lutte pour l’égalité raciale et le respect au travail ne s’est pas réglée avec la syndicalisation. Les porteurs faisaient toujours l’objet de discrimination lorsqu’ils postulaient pour un poste de conducteur, rôle réservé aux personnes blanches. La Fédération des porteurs de wagons-dortoirs a déposé une plainte officielle auprès du ministère fédéral du Travail en vertu de la Loi canadienne sur les justes méthodes d’emploi de 1953. Après une année de « conciliation et de persuasion », l’un des plaignants, George V. Garraway, est embauché comme conducteur. Il est le premier Canadien noir à être embauché pour ce poste au Canada.6

_____________________________________________________________________

1. Stanley G. Grizzle, My Name’s Not George: The Story of the Brotherhood of Sleeping Car Porters in Canada (Toronto: Umbrella Press, 1998) 37.

2. Grizzle 26–27, 42; Sarah-Jane Mathieu, “North of the Colour Line: Sleeping Car Porters and the Battle Against Jim Crow on Canadian Rails, 1880–1920.” Labour/Le Travail 47 (2001): 15–16.

3. Grizzle 38–40.

4. La Fraternité des porteurs de wagons-dortoirs a été fondée par Asa Philip Randolph dans la ville de New York en 1925. Grizzle 21.

5. Agnes Calliste, « Sleeping Car Porters in Canada: An Ethnically Submerged Split Labour Market », Études ethniques au Canada 19.1 (1987): 9; Grizzle 23.

6. Calliste 11–12; Grizzle 19.