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Allocution prononcée par Président-directeur général Stuart Murray le 18 juin 2012 à la conférence nationale du ACCCDP

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Détails du communiqué

Merci. Thank you.

C'est mon grand plaisir d'être parmi vous pour parler du Musée canadien pour les droits de la personne. Merci, Barbara, de cette présentation.

Mes chers amis, au nom du conseil d'administration et du personnel du Musée canadien pour les droits de la personne, permettez-moi de vous souhaiter la plus chaleureuse des bienvenues à Winnipeg. Bienvenue à Winnipeg !

Nous sommes très fiers que vous teniez votre conférence ici, littéralement sur les marches du Musée. Je ne pourrais penser à un hommage plus approprié au partenariat désormais établi entre les associations canadiennes des droits de la personne et le Musée canadien pour les droits de la personne.

Il nous fait vraiment plaisir de formaliser notre partenariat avec vous. Nous avons bien hâte de travailler avec vous afin d'encourager l'éducation au sujet des droits de la personne. Des partenariats comme ceux-là sont essentiels à notre travail et indispensables dans l'évolution des droits de la personne au Canada. L'officialisation d'un protocole d'entente avec l'ACCCDP est, à bon nombre d'égards, l'évolution naturelle d'allégeances déjà constituées.

Je vois ici, aujourd'hui, des collègues de la Commission des droits de la personne de la Saskatchewan avec qui nous avons conclu une alliance stratégique plus tôt ce printemps. Le Musée continuera à forger ce type de partenariats afin que nous puissions apprendre les uns des autres, nous appuyer mutuellement et unir nos forces pour travailler à dissoudre les obstacles qui nous divisent et empêchent notre pays d'aller de l'avant.

Il y a dans le titre de la conférence de cette année quelque chose de doux-amer. " Y sommes-nous ? " Nous tous, dans cette salle, reconnaissons que nous n'y sommes pas encore. Et cela peut être à la fois source de confusion et de colère.

Comment se peut-il qu'une nation qui ait fait autant de progrès, à ce point que d'autres nations la perçoivent comme un exemple en matière de droits, de dignité et d'inclusion, puisse en même temps avoir encore autant de chemin à parcourir ?

Nous ne pouvons permettre à l'histoire des droits de la personne au Canada d'être qu'une leçon distante. Bien que nous puissions être fiers d'appartenir à une nation ayant produit les citoyens qui ont contribué à rédiger la Déclaration universelle des droits de l'homme. D'être une nation qui a affirmé le droit de chacun de ses citoyens de tomber amoureux de qui ils veulent et d'épouser qui ils veulent. D'être une nation où le multiculturalisme fait partie intégrante de notre identité partagée. Il n'en reste pas moins que nous continuons à avoir les chauffeurs de taxi les plus instruits au monde.

Malgré tous ces progrès, comment se fait-il que les personnes de couleur continuent à gagner moins d'argent que les Blancs ? D'ailleurs, comment se fait-il qu'en 2012, les femmes canadiennes continuent à gagner moins que les hommes ? Un salaire inférieur de 25 pour cent, selon les données les plus récentes de Statistique Canada. Les peuples des Premières Nations, les Métis et les Inuits continuent à être confrontés à quantité d'obstacles. Et nous perdons à chaque année certains de nos citoyens les plus vulnérables : des enfants ridiculisés au point de vouloir s'enlever la vie en raison de la manière dont les autres réagissent à qui ils sont.

Il faut se demander : comment cela est-il possible ? En ce moment-même, un enfant naît quelque part au Canada. Il y a des limites à ce que nous pouvons honnêtement dire à cet enfant. Nous ne pouvons pas dire à un enfant né aujourd'hui qu'il ne sera jamais confronté à des obstacles arbitraires simplement en raison de qui il est. Nous ne pourrons pas dire à un enfant né aujourd'hui qu'il ne sera jamais confronté à des barrages artificiels l'empêchant d'atteindre son plein potentiel simplement en raison de son apparence physique, de sa manière de parler ou du fait qu'il doit utiliser un appareil pour se déplacer. Nous ne pourrons pas dire à un enfant né aujourd'hui que le monde le jugera uniquement sur sa personnalité, et non la couleur de sa peau, ses croyances ou tout autre facteur irrationnel qui n'a aucune incidence sur ce qu'il est capable d'accomplir.

Nous sommes donc aujourd'hui confrontés à cette implacable réalité : nous n'y sommes pas encore. Mais, en toute honnêteté, nous pouvons dire à cet enfant que nous sommes sur la bonne voie. Et nous pouvons aller plus loin.

Nous pouvons transmettre à cet enfant la force de conviction qui nous unit ici aujourd'hui, lui dire que nous n'y sommes pas encore, mais que nous allons y arriver. Que nous sommes en voie d'y arriver. 

Lorsque je regarde le logo de votre conférence créé par deux artistes au talent exceptionnel de la galerie Graffiti de Winnipeg, j'y vois des visages souriants. Des visages qui ne sont pas rongés par le désespoir engendré par l'injustice, les inégalités et l'ignorance qui règnent dans notre monde. Mais, plutôt, des visages résilients, optimistes et remplis d'espoir à l'idée que les moteurs du changement soient à portée de notre main.

Le Musée canadien pour les droits de la personne est une incarnation de la résilience et de l'optimisme qui nous donnent la capacité d'accélérer, ensemble, le rythme des changements. Qui nous permettent de créer de nouveaux outils de changement et d'habiliter les personnes qui franchissent le pas de notre porte à les utiliser. Au Musée canadien pour les droits de la personne, nous avons établi très tôt qu'étant donné la nature de notre propos, nous ne pouvions pas nous contenter d'être un musée dans le sens traditionnel du terme. Sans remettre en question l'importance des grands lieux d'apprentissage et de découverte, le Musée canadien pour les droits de la personne doit aller plus loin.

En ce sens, nous ne bâtissons pas qu'un lieu d'apprentissage, mais aussi un centre d'actions. Notre travail consiste non seulement à inspirer des conversations et un dialogue, mais à offrir des tribunes permettant d'entamer ce dialogue. Notre travail est de veiller à ce que tous les citoyens qui visitent le Musée canadien pour les droits de la personne se sentent non seulement comme des invités, mais aussi des partenaires pouvant apporter des changements significatifs et durables dans la vie des autres.

Une partie de ce travail consiste à rappeler à ceux qui franchissent nos portes que, dans ce pays, les progrès des droits de la personne ont été réalisés grâce à la volonté des citoyens. Nous devons nous rappeler que, derrière toutes les lois, tous les actes législatifs et tous les jugements qui font avancer la cause des droits de la personne, il se trouve une personne ou un groupe de personnes qui se sont serré les coudes pour opérer ce changement.

Le Musée sera fier de raconter nos récits canadiens à caractère unique afin que nous puissions en inspirer d'autres de citoyens qui contribuent à apporter des changements extraordinaires. Ces récits sont très puissants, parce qu'ils nous appartiennent. Nos enfants connaissent peut-être Rosa Parks, la femme afro-américaine qui a transformé le cours de l'histoire en refusant de céder sa place à bord d'un autobus, en Alabama, en 1955. Mais il est fort probable qu'ils ne connaissent pas Viola Desmond, la femme afro-canadienne dont les actions ont contribué à modifier les lois sur la ségrégation ici, au Canada, lorsqu'elle avait refusé de céder sa place dans un cinéma de la Nouvelle-Écosse une décennie plus tôt.

Nos enfants connaissent malheureusement les histoires d'enfants victimes d'intimidation uniquement pour qui ils sont. Mais c'est aussi extraordinaire de voir leurs pairs se porter à la défense de leurs camarades de classe les plus vulnérables dont les droits ont été violés. À cet égard, deux jeunes canadiens du secondaire, David Shepherd et Travis Price, ont fait les manchettes dans le monde entier après avoir tenu tête à des tyrans de leur école qui harcelaient et menaçaient l'un de leurs camarades de classe pour avoir porté une chemise polo rose en classe. Ces deux élèves ont rallié leurs camarades à leur cause, afin que tous se présentent en classe le jour suivant vêtus de rose. Ils ont ainsi créé non seulement une vague de rose, mais aussi une vague de changements dans la manière dont leurs camarades de classe percevaient l'intimidation et y réagissaient.

Lorsque nous nous remémorons des récits de ce genre, nous nous rappelons que les progrès quotidiens en matière de droits de la personne ont toujours leur origine quelque part. La plupart du temps, ils trouvent leur origine chez l'un d'entre nous, citoyens canadiens, sans autre pouvoir extraordinaire que celui de la force de ses propres convictions. Et cela nous rappelle que n'importe qui peut être un défenseur des droits de la personne. Le changement relève d'abord de chacun d'entre nous; nous amplifions ensuite ce changement en agissant de concert les uns avec les autres. Et ainsi, nous commençons à créer quelque chose de plus grand.

Tout comme la paix ne se limite pas à la simple absence de guerre, les droits de la personne ne se définissent pas par la simple absence de discrimination, de préjudice ou d'oppression. Au lieu de cela, nous travaillons activement à favoriser l'implantation d'une culture des droits de la personne. Et cette culture ne se définit pas uniquement par les éléments contre lesquels nous luttons, mais aussi par les valeurs que nous défendons : Non seulement l'acceptation, mais le renforcement de l'inclusion. Non seulement la tolérance, mais la compréhension active. Non seulement l'acceptation de la différence, mais la constatation que nos différences sont matière à célébration et constituent une partie intégrante de l'étoffe qui fait la solidité de notre nation.

J'éprouve beaucoup de fierté et d'espoir à savoir que le Musée canadien pour les droits de la personne et l'ACCCDP partagent tous deux cet objectif. Ensemble, nous élargissons un réseau de partenaires qui partagent des opinions similaires, qui ont la conviction que les meilleurs moments du Canada pourraient être encore à venir, et qui ont le courage de mettre en œuvre les changements que nous devons réaliser pour y arriver.

Au Musée, nous sommes fiers de constater que ces efforts ont commencé bien avant l'ouverture de nos portes. Nous avons forgé de solides liens avec des collèges et des universités. Avec des chefs de file dans le domaine de l'éducation et des maisons d'enseignement. Nous soumettons l'idée de cours sur les droits de la personne, et nous sommes choyés que certains des meilleurs penseurs et dirigeants canadiens en matière d'éducation aient accepté de relever ce défi. Nous avons établi des relations officielles avec des partenaires dans d'autres parties du monde. En décembre, nous avons signé un protocole d'entente avec le Royaume des Pays-Bas, parce que dans un contexte de mondialisation et d'interconnectivité, il est mutuellement bénéfique d'exploiter les outils de communications numériques afin d'échanger des idées, des récits et des leçons.

Nous avons aussi tissé des liens près de chez nous. À ce propos, nous nous rencontrons aujourd'hui dans un endroit qui fut un épicentre des droits de la personne pendant plusieurs générations. C'est ici-même, où nous nous trouvons aujourd'hui, que Louis Riel a fondé cette province. La semaine dernière marquait les célébrations ici du Jour anniversaire du traité. La Fourche est depuis des millénaires un important lieu pour les Premières Nations du Canada. Et, malgré tout cela, les communautés autochtones canadiennes ont trop souvent été exclues des discussions sur ceux et celles qui ont bâti ce pays.

Cela doit changer, car nous serons plus forts si nous travaillons activement à tirer parti de ces leçons. Le Musée est, sans aucun doute, plus solide en raison des conseils dispensés par les Aînés et de la participation de notre Conseil consultatif des jeunes autochtones, dont la vision du Canada incarne véritablement l'esprit d'une culture des droits de la personne.

Alors, avons-nous progressés ? Nous devrions tous être très fiers d'affirmer que oui. Sommes-nous arrivés à destination ? Pas encore. Et, il faut bien l'admettre, la route semble encore parfois bien longue. Mais il ne faut pas se laisser abattre par la réalité; il faut plutôt qu'elle nous motive à continuer, à favoriser l'établissement d'une culture des droits de la personne qui nous permettra d'affirmer, non seulement pour nous-mêmes mais pour l'ensemble des citoyens du Canada, que nous sommes sur la bonne voie.

Ensemble, nous avons établi de solides assises. Et ensemble, avec courage, optimisme et conviction, nous continuerons à forger un avenir solide les uns pour les autres et pour le Canada tout entier.

Et nous atteindrons notre but.

Merci. Thank you.