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Allocution prononcée par Président-Directeur général Stuart Murray au forum sur le Centre national de recherche de la Commission de vérité et réconciliation, le 3 mars 2011

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Détails du communiqué

Bonjour.

Au nom du Conseil, de la direction et du personnel du Musée canadien pour les droits de la personne, merci de cette invitation. Permettez-moi d'abord de saluer les Salish de la côte dont nous foulons le territoire ce matin. Thank you for having us here. (Merci de nous accueillir.)

I would like to extend a special welcome to the elders and survivors who are here with us today. (Je désire aussi saluer les aînés et survivants qui sont présents ici.) J'applaudis votre force et votre courage. Enfin, je voudrais remercier la Commission de vérité et de réconciliation (CVR) d'avoir organisé cet événement et d'avoir invité le Musée canadien pour les droits de la personne à y participer. 

Au Musée, nous estimons que le travail de la CVR est essentiel afin de bâtir un avenir plus équitable pour les communautés autochtones et un Canada plus fort pour tous les citoyens. À titre d'organisation engagée dans la promotion des droits de la personne, nous sommes convaincus que le Musée peut à la fois compléter et soutenir l'action de la CVR et je suis heureux d'avoir l'occasion de discuter aujourd'hui de certaines de ces questions.

C'est un privilège exceptionnel, associé à mon poste de Président-Directeur général du nouveau Musée canadien pour les droits de la personne, de faire partie quotidiennement de discussions en constante évolution portant sur l'avenir des droits de la personne. Nous avons eu une grande chance de voir tant de personnes partager avec notre équipe des histoires de luttes et de défis, mais aussi des histoires de triomphe et de résilience. 

Ces histoires me rappellent chaque jour deux réalités très distinctes. La première, c'est que nous avons fait beaucoup de chemin sur la voie qui mène à un respect universel des droits de la personne. La seconde, c'est qu'(on a encore beaucoup de chemin à parcourir). That we still have a long way to go. 

Cependant, j'ai la conviction, à tout le moins, que nous sommes sur la bonne piste et que nous allons dans la bonne direction et cela, en raison de trois choses qui, incidemment, se passent simultanément, toutes trois à Winnipeg, et qui n'auraient pu se produire il y a dix ou vingt ans. Cela m'inspire un prudent optimisme. 

Firstly, the creation of the Canadian Museum for Human Rights (En premier lieu – la création du Musée canadien pour les droits de la personne). Le Musée canadien pour les droits de la personne ouvrira la porte à une compréhension nouvelle et beaucoup plus profonde des peuples autochtones du Canada et de l'expérience des pensionnats. Ce qui est plus important encore, c'est que le Musée alimentera un nouveau débat national en vue d'assurer un avenir plus équitable pour les peuples autochtones au Canada et qu'il favorisera l'établissement de nouveaux liens de compréhension entre les populations autochtones et non autochtones du Canada. Nous y travaillons déjà et à toutes les étapes, nous avons travaillé en étroite collaboration avec nos conseillers des Premières Nations, Métis et Inuit, faisant partie de notre personnel, de notre Conseil consultatif des aînés et du Conseil des jeunes autochtones, ou de la collectivité au sens large. C'est le premier.

Secondly, this commission(En deuxième lieu — cette commission), une commission ayant la mission et les moyens de faire toute la lumière sur l'expérience des pensionnats, aurait dû avoir lieu depuis longtemps au Canada. Ce travail vital est enfin commencé et on ne peut douter que le travail de la CVR revêtira une importance historique et changera l'avenir.

Thirdly, (En troisième lieu), une exposition culturelle sans précédent se déroule en ce moment à Winnipeg, dans plusieurs lieux à travers la ville, et elle présente le travail de plus de trente artistes autochtones du monde entier. L'exposition Close Encounters : The Next 500 Years met carrément l'accent sur l'avenir des peuples autochtones, dans une ville qui, selon les notes du conservateur, " incarne l'avenir des peuples autochtones du Canada ". Les quelque douzaines d'artistes autochtones dont les œuvres composent cette exposition créent un nouveau dialogue entre les communautés autochtones et non autochtones. Ces artistes, dont plusieurs sont tout jeunes, nous offrent presque littéralement l'image d'un avenir très différent. Ces artistes autochtones sont engagés à changer le monde et leur conviction et leur engagement sont reflétés aussi bien à la CVR qu'au Musée canadien pour les droits de la personne. 

Que tout cela se produise simultanément dans une seule ville, est déjà historique. Ce type d'ample dialogue portant sur des enjeux autochtones contemporains aurait été impensable, ne fût-ce qu'il y a une demi-génération. Je crois qu'il en dit long quant à la possibilité qui nous est offerte de faire en sorte que l'avenir des Premières Nations et des peuples métis et inuit soit un avenir empreint d'équité, d'occasions favorables, de compréhension et de respect. Et ce qui est peut-être d'aussi grande importance, c'est la possibilité de nous assurer que désormais, aucune génération de Canadiens non autochtones ne grandisse comme ce fut le cas pour la mienne, sans avoir une connaissance approfondie des expériences vécues par les peuples autochtones du Canada. 

On me demande souvent où, dans le Musée canadien pour les droits de la personne, sera illustrée l'histoire toujours en évolution des peuples autochtones du Canada. Il y a deux réponses à cette question. La première, c'est partout, parce que le Musée est logé sur la terre du Traité no. 1 et que les mots d'accueil inscrits à l'entrée du Musée le feront savoir à tous les visiteurs qui franchiront ses portes. Le Musée est situé directement au seuil du lieu de l'occupation d'Upper Fort Garry par les Métis et le gouvernement provisoire de Louis Riel qui a donné naissance à la province du Manitoba telle que nous la connaissons aujourd'hui. On peut ainsi dire que l'identité autochtone est tissée dans toutes les fibres et présente dans toutes les fondations du Musée et qu'elle est inséparable de l'identité profonde de notre institution. 

Plusieurs personnes présentes dans cette pièce savent que dans chaque trou de forage creusé pour y placer les piliers et caissons du Musée, en tout plus de 500 trous, un sachet médicinal contenant de la sauge, du foin d'odeur, du cèdre et du tabac bénis par un ancien a été placé dans le sol avant le coulage du béton. Le Musée comportera aussi une terrasse extérieure où les visiteurs pourront s'orner de peinture cérémoniale. Cette terrasse sera bordée de plantes sacrées. 

Nous avons pris l'engagement de nous assurer que le point de vue des autochtones était reflété dans tous les aspects du concept du Musée et de son bâtiment. Et, dès la naissance du Musée, il était clair pour nous qu'on y trouverait une zone permanente consacrée exclusivement aux histoires autochtones. 

Nous reconnaissons cependant que toute discussion sérieuse portant de façon plus générale sur l'histoire des droits de la personne au Canada devrait nécessairement faire mention des pensionnats autochtones, et c'est pourquoi l'histoire des pensionnats indiens sera traitée à trois endroits différents dans le Musée, et pas seulement dans la zone consacrée aux peuples autochtones. En d'autres termes, le Musée ne se défilera pas face à cette réalité : l'histoire du Canada ne peut être racontée sans référence directe au déplacement de dizaines de milliers d'autochtones et pis encore, à un effort délibéré pour éliminer la culture autochtone du paysage canadien. 

Au Musée, nous reconnaissons pleinement que plusieurs générations de Canadiens non autochtones ont fréquenté l'école et appris l'histoire de ce pays sans aucune référence explicite aux pensionnats et au déplacement de populations autochtones. En soi, il s'agit déjà d'une injustice historique que le Musée a l'obligation d'aider à réparer.

Permettez-moi d'aller encore plus loin : nous, au Musée canadien pour les droits de la personne, savons que nous avons une occasion exceptionnelle de faire en sorte que notre inauguration constitue indiscutablement un point tournant dans la compréhension qu'ont les Canadiens des pensionnats indiens et, ce qui est encore plus important, du processus de réconciliation. C'est un aspect essentiel de la mission de notre Musée de nous assurer que notre inauguration marque l'avènement d'une nouvelle ère de connaissances, de compréhension et de dialogue à propos des pensionnats et, en même temps, une nouvelle ère de discussions ouvertes basées sur le respect, la compassion, l'apaisement et la confiance. C'est un objectif très clair pour le Musée canadien pour les droits de la personne de faire briller la lumière de la vérité à propos de ce qui s'est passé dans le système des pensionnats et nous savons que cette lumière doit aussi contribuer à éclairer le chemin de la guérison et de la réconciliation. À titre de musée des droits de la personne, nous considérons cela non pas comme quelque chose que nous pourrions faire, mais quelque chose que nous devons faire. 

Pour être plus spécifique, à l'intérieur du Musée, the story of residential schools will be told in a minimum of three different areas : (l'histoire des pensionnats autochtones sera racontée à un minimum de trois endroits différents) : dans la zone qui traitera de la culture des droits de la personne au Canada; dans la zone qui étudiera les atrocités de masse; et dans la zone qui offrira aux visiteurs un forum permettant d'explorer les questions de paix et de droits de la personne. 

Dans la première zone où nous traitons de la culture des droits de la personne au Canada, les expositions viseront à aider les visiteurs à mieux saisir les processus et les expériences qui ont contribué à façonner la culture encore imparfaite et en évolution des droits de la personne au Canada. Les visiteurs pourront, par exemple, en apprendre davantage sur le Canadien auteur de la première ébauche de la Déclaration universelle des droits de l'homme, mais aussi à propos d'incidents historiques ou de violations de droits, y compris des violations directement perpétrées par l'État, en particulier, la création des pensionnats. Dans cette zone, nous examinerons la façon dont les pensionnats indiens visaient essentiellement à éliminer l'identité autochtone du Canada. Nous examinerons le contexte historique du Canada et les politiques spécifiques des églises en vue d'assimiler, de christianiser et de " civiliser ". C'est une histoire de paternalisme et de colonialisme gouvernemental : une histoire qui sera exposée dans ses dimensions à la fois historique et contemporaine. 

Dans la zone des Atrocités de masse, le traitement réservé aux pensionnats s'éloignera de l'action systématique de l'église et de l'état pour se concentrer sur les causes premières ayant mené à ces atrocités. Nous considérerons plus spécifiquement les abus physiques et sexuels qui se sont produits dans les pensionnats. Nous parlerons des enfants disparus du système des pensionnats; des enfants qui sont inhumés dans des cimetières anonymes ou qui ne sont jamais revenus à la fermeture des pensionnats. Nous traiterons de la façon dont furent utilisés l'eugénisme et la stérilisation obligatoire à l'encontre des jeunes autochtones pour tenter de débarrasser le pays de son " problème indien ", ce terme utilisé si cavalièrement même aux plus hauts échelons du gouvernement canadien.

Le rôle du Musée canadien pour les droits de la personne est aussi de créer un espace pour le dialogue et la réflexion. La zone du Musée réservée à l'exploration de la paix et des droits de la personne sera un lieu où les visiteurs pourront échanger avec les autres de façon créative et participative. Elle mettra l'accent sur des notions d'action essentielle pour la protection, la promotion et la concrétisation des droits de la personne : créativité, habilitation, dialogue, établissement de relations, prise en charge, identité, conscience, éducation et collaboration. Dans cette zone, nous examinerons le modèle de justice transitoire de la Commission de vérité et de réconciliation et examinerons les initiatives de la base, y compris le travail de groupes voués à l'élimination de la pauvreté et d'organisations pour la justice sociale qui incarnent ces notions essentielles d'action et responsabilisation.

Notre but est de promouvoir à la fois la compréhension et le dialogue à l'égard des pensionnats mais je désire aussi souligner à quel point le Musée attache une grande importance au fait de mériter la confiance des peuples des Premières Nations, Métis et Inuit. C'est un aspect fondamental de tout ce que nous faisons au Musée canadien pour les droits de la personne. It is a central element of our mandate (C'est un des éléments centraux de notre mandat), et nous tenons pour obligatoire à l'endroit des peuples autochtones de cultiver et faire croître ce sentiment de confiance. 

J'ai parlé plus tôt de quelques-uns des moyens que nous privilégions pour y parvenir, mais, dans le cas particulier des pensionnats, nous tentons d'établir ce climat de confiance de deux façons. La première, c'est une collaboration soutenue et un partenariat avec la communauté autochtone, ce qui comprend le type de relation déjà établi entre le personnel de recherche du Musée et celui de la CVR. Au bout du compte, un tel partenariat ne peut que renforcer nos deux organisations.

Deuxièmement, et c'est encore plus important, le Musée doit s'assurer qu'en racontant l'histoire des pensionnats, c'est la voix des autochtones eux-mêmes qui sera entendue. Ce que cela veut dire, c'est que nos visiteurs verront et entendront beaucoup de témoignages personnels et qu'ils apprendront l'histoire des pensionnats du point de vue des autochtones et qu'autant que possible, nous présenterons des versions d'origine des histoires en langues autochtones. 

Nous reconnaissons aussi, et cela sera notre réalité au Centre national de recherche, que l'histoire des pensionnats indiens n'est jamais entrée pleinement dans la conscience de la majorité des Canadiens de façon durable et signifiante. Le fait est que nous partons d'une situation où bien des gens dans les communautés non autochtones considèrent l'histoire des pensionnats comme une très lointaine réalité historique, alors qu'en fait, l'impact des pensionnats se fait sentir de manière réelle et tangible en ce moment même au sein des communautés autochtones. Nous savons que pour beaucoup de nos visiteurs, tout ce qu'ils connaissent des pensionnats, c'est ce qu'ils ont pu glaner dans les médias. Nous avons une obligation particulière à faire en sorte que les faits soient bien connus.

À mesure que nous avançons, mon personnel et moi prévoyons poursuivre les discussions avec la CVR et tous nos partenaires dans le cadre de la création du Centre national de recherche. Il est déjà entendu que le flux des échanges d'information, de recherche et de données doit être aussi dépourvu d'obstacles et fluide que possible afin de contribuer au succès de nos deux entreprises. Nous poursuivrons le dialogue quant à la façon dont la mission de recherche du MCDP peut être complémentaire à celle du Centre national de recherche, et nous continuerons à travailler ensemble pour nous assurer que tout le monde au Canada, autochtones et non autochtones, ait accès à l'information abondante et authentique que nous serons en mesure de rendre disponible. Comme vous le savez peut-être, the Musuem will open it's doors in about two years (le Musée doit ouvrir ses portes dans deux ans environ), et je crois que nous sommes privilégiés de pouvoir compter simultanément sur le MCDP et le Centre national de recherche en voie de création. 

Nous avons là une occasion exceptionnelle et, à plus d'un titre, historique, et je sais que nous remplirons chacun les missions qui nous sont imparties et continuerons d'aller de l'avant ensemble. 

Permettez-moi, en terminant, de dire que le Musée est entièrement disponible pour la CVR et que nous nous engageons à continuer à nous assurer que notre expérience et les connaissances que nous accumulons au Musée pourront être pleinement partagées avec vous à mesure que progresse la création d'un Centre national de recherche. Nous sommes fiers du partenariat mutuellement enrichissant qui continue de se développer entre nous, et il va sans dire que si le Centre national de recherche s'établissait à Winnipeg, il continuerait à tirer pleinement parti de la base de connaissances et des ressources que le Musée s'affaire à assembler. Nous avons pour mission d'être un lieu ouvert, accessible au public et accueillant, et conformément à ce mandat, nous avons le désir de faire en sorte que le Centre national de recherche connaisse un succès pareil à celui que nous prévoyons pour le Musée canadien pour les droits de la personne.

Thank you for your attention (Merci de m'avoir accordé votre attention). Thank you. (Merci).