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Allocution de M. Patrick O'Reilly au Q-Ball à Vancouver, Colombie-Britanique le 19 septembre 2009

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Détails du communiqué

Bonsoir mesdames et messieurs, chers amis,

WOW ! Quelle soirée enlevante ! Je suis vraiment enchanté d'être ici, de participer à ce Q-Ball et à la remise des prix du Temple de la renommée Q-Hall of Fame. Félicitations aux organisateurs qui ont fait de cette soirée une réalité. 

LES PREMIÈRES

La célébration des grandes premières est parfois la plus merveilleuse d'entre toutes : la première femme au Parlement, le premier pays ayant reconnu le mariage entre conjoints de même sexe, et le premier Q-Ball avec remise des prix du Temple de la renommée Q-Hall of Fame, visant à reconnaître des personnes et leur contribution majeure à la lutte pour les droits de la personne et la reconnaissance de la pleine égalité pour les Canadiens et canadiennes gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres.

La communauté mondiale des GLBT a l'habitude des grandes premières, et c'est pourquoi je suis si heureux de me trouver ce soir parmi vous pour représenter le Musée canadien des droits de la personne. Nous aussi, nous en savons un bon bout sur le fait d'être les premiers! Nous sommes le premier musée national canadien créé depuis 1967, le premier à être établi en dehors de la région de la capitale nationale et le premier musée national créé grâce à des contributions financières de différents niveaux de gouvernement et à des contributions substantielles du secteur privé, et bien franchement, nous pensons être le premier musée des droits de la personne d'une telle envergure sur la planète. 

WINNIPEG

Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir dire que " Winnipeg, au Manitoba, c'est chez-nous ". C'est une assertion forte, dans un pays si vaste, si divers au plan géographique que de pouvoir dire que nos institutions nationales et culturelles peuvent et doivent être localisées dans divers grands centres urbains du Canada. C'est d'ailleurs formidable que le Q-Hall of Fame loge à Vancouver. 

À Winnipeg, la construction est bien lancée, et notre Musée prévoit ouvrir ses portes en 2012. Certaines des plus grandes victoires canadiennes en matière de droits de la personne ont été acquises de haute lutte à Winnipeg, notamment les droits des Autochtones et des Premières nations, les droits des femmes, les droits des francophones et les droits des travailleurs. C'est aussi la première ville à avoir élu un maire ouvertement gai, Glen Murray, en 1998. C'est une des communautés les plus diversifiées du Canada puisqu'elle a attiré des immigrants du monde entier qui se sont joints à nos populations francophone, autochtone et métis. 

Le Musée canadien des droits de la personne sera situé au lieu dit La Fourche, à la jonction des rivières Rouge et Assiniboine. Ce lieu historique national est un point de rencontre privilégié où se tiennent des événements communautaires, un carrefour touristique, en fait, un lieu de convergence sociale pour Winnipeg. Le Musée s'élèvera à un emplacement qui a servi de point de rencontre depuis des millénaires. La beauté du site est surpassée seulement par la richesse de son histoire de centre nord-américain d'immigration, de commerce et, ce qui est encore plus important, de lieu choisi par les peuples autochtones pour y tenir des rencontres permettant de résoudre des conflits et de faire commerce. 

DUDH

John Peters Humphrey, le Canadien qui a élaboré la Déclaration universelle des droits de l'homme, a dit un jour : " il y a un lien étroit entre les droits de l'homme et la paix. Nous connaîtrons la paix sur terre quand les droits de chacun seront respectés ".

À l'époque où le monde se relevait de la deuxième grande guerre, cet humble chercheur en droit du Nouveau-Brunswick, sans l'appui de son gouvernement et sans le soutien d'une forte délégation, de concert avec Eleanor Roosevelt et quelques visionnaires dévoués de partout dans le monde, entreprit de créer un engagement qui déclarait que toute personnea droit à la vie, à la liberté et à la dignité. Si ces mots vous sont familiers, c'est que la Déclaration a déjà un impact sur votre vie. Pour beaucoup de personnes dans le monde, ils demeurent peu familiers. La Déclaration n'a pas encore achevé son oeuvre.

GLBT

Le temps passant, notre vision des droits de la personne évolue. Il y a 60 ans, par exemple, lorsque la Déclaration universelle des droits de l'homme fut élaborée, l'orientation et l'identité sexuelles n'étaient pas considérées comme faisant partie des droits de la personne. Bien qu'il y ait eu une évolution majeure en matière de droits de la personne liés à l'orientation et à l'identité sexuelles, il est incroyable que ce soit seulement en 2006 qu'un groupe d'experts distingués en droits de la personne comprenant des juges, des universitaires, un ancien commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, des responsables des procédures de l'ONU et des membres d'organismes ou de traités ou autres, s'est constitué afin d'élaborer les principes de Yogyakarta[1]. Ces principes s'appliquent aux droits internationaux de la personne en matière d'orientation et d'identité sexuelle. 

Et puis, bien sûr, il y a 40 ans, Pierre Elliot Trudeau prononçait les mots aujourd'hui célèbres : " l'état n'a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ". Le courage personnel et la conviction de Pierre Elliot Trudeau ont contribué à produire l'un des plus importants changements dans les lois de notre pays et ses mots continuent d'affecter notre vie, aujourd'hui encore.

Il résulte de sa prise de position que cette année marque le 40e anniversaire de la décriminalisation de l'homosexualité au Canada[2], un pays souvent considéré par la communauté internationale comme un chef de file en matière de droits de la personne. Certes, nous sommes devenus un modèle quant à l'égalité des droits de la communauté GLBT et peut-être le succès de notre ouverture influencera-t-il les autres. En 2005, le Canada est devenu le quatrième pays du monde à légaliser le mariage entre conjoints de même sexe partout au pays à la suite de l'adoption de la Loi sur le mariage civil. En juin dernier, une importante victoire a été acquise en Inde, lorsque la Haute cour de justice de Delhi a renversé une loi coloniale vieille de 148 ans criminalisant l'homosexualité[3] . Ce sont certes des victoires importantes et, lorsque le MCDP étudiera le sujet des droits en matière d'orientation sexuelle, de genre, de déficience et de langue, pour ne citer qu'une petite partie de nos thématiques, les visiteurs auront l'occasion d'apprendre ce qui a été fait et ce qui reste à faire, ainsi que d'examiner les moments les moins glorieux du Canada et du monde, et là encore, ce sera toujours l'occasion d'apprendre.

VIGILANCE

Il est très important de célébrer chaque réalisation favorable au respect des droits de la personne, mais il est tout aussi important pour nous de demeurer vigilants. Les droits s'accompagnent de responsabilités. Si nous voulons que les droits de chacun soient respectés et maintenus, chacun de nous a la responsabilité de faire tout ce qu'il peut afin de s'assurer que ce soit bien le cas. À titre de Canadiens et de Canadiennes, nous avons la responsabilité de parler à haute voix et de faire en sorte que nos voix soient entendues.

Un droit acquis est un droit à protéger. Nous ne pouvons nous reposer sur nos lauriers et devenir complaisants. Nous devons demeurer attentifs et conscients de l'importance de ces droits et de la lutte qui a permis de les concrétiser, si nous voulons être sûrs qu'ils continuent d'exister et d'être respectés. Pas seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour tous les autres.

" LES DROITS DES GAIS "

Quelques mots seulement à propos des " DROITS DES GAIS "… Honnêtement, je ne sais pas ce que sont les droits des gais. Je présume qu'à la blague, je pourrais dire que c'est le droit d'être FABULEUX. C'est peut-être le droit d'être un " mec " ou de porter des accessoires ? Mais, pour passer outre à ces stéréotypes, nous devons raffiner notre vocabulaire des droits. Les droits des gais, dont on parle si souvent, sont fondamentaux, totalement liés et inhérents aux DROITS DE LA PERSONNE HUMAINE. Le droit de vivre avec la personne que nous aimons n'est pas un " droit des gais ", c'est un droit de la personne. Le droit d'élever nos enfants dans la paix et la sérénité, de les faire éduquer à l'abri de toute discrimination n'est pas un " droit des gais ", c'est un droit fondamental de la personne. Soutenir nos conjoints et partenaires, nos familles et nos enfants en ayant l'assurance qu'ils soient bien traités grâce à nos contributions aux caisses de retraite et d'avantages sociaux, ce n'est pas un " droit des gais " mais un droit fondamental pour chacun de nous.

TOUT N'EST PAS RÉGLÉ

Plus tôt, cette semaine, alors que je réfléchissais à ma présentation de ce soir, j'ai jeté un coup d'œil au Winnipeg Free Press et j'y ai lu cette manchette : " les écoles regorgent d'homophobie "[4]. L'article qu'elle coiffait mentionnait que beaucoup de jeunes continuent de subir de l'intimidation et de vivre dans la crainte. La professeure chercheuse Catherine Taylor affirmait que, de nos jours, " l'homosexualité semble à plusieurs si banale que beaucoup de gens ne se rendent pas compte de la gravité de la situation pour certains ". Donc, mesdames et messieurs, n'oublions surtout pas ceux qui, ici même, continuent à être " tourmentés et terrorisés ". Soyons l'une de ces voix que l'on entendait trop peu lorsque nous avons grandi. Assurons-nous que les futurs membres du temple de la renommée Q-Hall of Fame connaissent une enfance paisible et acquièrent une place de choix. 

LE MUSÉE

Le mandat officiel du Musée canadien des droits de la personne est " d'étudier le thème des droits de la personne en mettant un accent particulier, mais non exclusif, sur le Canada, dans le but d'accroître la compréhension qu'a le public des droits de la personne, de promouvoir le respect des autres et de favoriser la réflexion et le dialogue ".

Remarquez que l'on ne parle pas de collectionner les artefacts. Il s'agit d'un très vaste mandat, très ouvert aussi, et dont l'objet est d'entraîner une évolution sociale.

À titre d'homme ouvertement gai, je suis fier de jouer un rôle déterminant au sein de cette institution – qui reconnaît la valeur de l'histoire, mais garde le regard tourné vers l'avenir, tout comme la " Qmunity " et le temple de la renommée " Q-Hall of Fame ".

UN MUSÉE D'IDÉES

Nous travaillons à devenir un " musée d'idées " au sens plein du terme. Il s'agit d'un musée basé sur un cadre conceptuel intangible, des idées illustrées par des témoignages narratifs, personnels, des histoires racontées verbalement et à l'occasion des artefacts. Nous n'avons pas de collection au sens où on l'entend généralement lorsqu'on parle d'un musée. Nous abriterons certains artefacts et à l'occasion nous en emprunterons. Nos histoires seront racontées par des éléments numériques, grâce aux nouveaux médias, une authentique collection du XXIe siècle. Nous voulons être à la fois un musée traditionnel, dans un superbe édifice construit à Winnipeg, et un musée virtuel logé sur Internet.

Un autre aspect d'un musée virtuel est que nous ne présenterons pas de petits cartons blancs pour décrire chaque sujet, mais que nous présenterons plutôt diverses perspectives et différents points de vue. Parfois, ces perspectives convergeront, mais parfois, elles seront certainement conflictuelles, et solidement soutenues. Notre objectif au Musée est de favoriser une meilleure compréhension des droits de la personne, des défis, des victoires et des liens communs entre différentes personnes et des situations diverses. Nous croyons être en mesure d'y parvenir à l'aide d'une solide recherche, d'un travail de conservation approfondi, de l'utilisation éclairée des technologies et de partenariats très productifs avec des organisations vouées aux droits de la personne et des experts en la matière.

Tout comme nous entendons que nos visiteurs apprennent des points de vue des autres dans nos expositions et nos témoignages, nous espérons qu'ils puissent apprendre les uns des autres en visitant nos expositions. Nous allons défier l'approche traditionnelle consistant à rester coi en regardant des expositions. Nous voulons favoriser la participation à la conception des expositions et des témoignages, en encourageant chacun à interagir avec les autres et à partager son point de vue.

NOS OBJECTIFS

Nous voulons munir nos visiteurs des habiletés et des outils nécessaires pour pondérer et analyser les sujets et tirer leurs propres conclusions, en disposant de l'éclairage nécessaire, ou à tout le moins, leur permettre d'être mieux équipés pour continuer à poser les questions pertinentes.

Notre but n'est pas de découvrir LA vérité, ni de présenter l'" Histoire " avec un grand H, c'est plutôt de réunir beaucoup de gens, de les inciter à penser différemment et à considérer d'autres points de vue. Nous-mêmes serons en mode apprentissage. Le vocabulaire que nous utilisons pour définir les droits de la personne et même ce que la société définit comme étant les droits de la personne, tout cela est en constante évolution. Cette évolution est marquée par des luttes, des défis et des victoires. Lorsque nous aborderons toutes ces délicates questions, il nous faudra quand-même être un lieu chaleureux et accueillant pour les personnes de tous âges, sexes, aptitudes, cultures, orientations et croyances. 

Notre institution mobilisera et responsabilisera les Canadiens, les Canadiennes, ainsi que les visiteurs étrangers de tous les horizons en vue de combattre les préjugés, l'intolérance et la discrimination. C'est une tâche ardue, mais je crois que nous sommes capables de relever le défi. Nous allons commettre certaines erreurs, j'en suis sûr, mais nous réfléchirons constamment sur nos orientations et serons en mesure d'apprendre de nos erreurs et de progresser. 

Une perception biaisée est souvent le lot d'un seul individu mais une recherche éclairée et une analyse studieuse de la part de multiples personnes contribuent à élaborer une vision plus ample et plus impartiale. Nous nous activons à créer un environnement sain et respectueux permettant aux gens d'analyser leurs préjugés.

CUEILLETTE DE TÉMOIGNAGES

L'une des façons dont nous nous acquittons de notre mission de mobiliser les Canadiens et les Canadiennes tout en nous informant nous-mêmes est notre processus de mobilisation du public.

Nous sommes engagés dans un processus de cueillette de témoignages ou d'histoires qui nous amène à visiter 18 villes dans l'ensemble du pays, au moins une dans chaque province et territoire. Nous utilisons couramment le terme de témoignages, et cela, à dessein, non pas pour atténuer la complexité des histoires reçus, mais conformément à la mission d'un musée appelé à se nourrir de perspectives variées. Nous cherchons à raconter toutes les facettes d'une même histoire, incluant les points de vue des organisations communautaires ou actives en droits de la personne, les points de vue de ceux qui ont été impliqués et touchés par une victoire en matière de droits de la personne, et même les points de vue de ceux qui ont pu être perçus comme responsables d'une violation de ces droits.

Malgré toutes nos bonnes intentions, il nous est impossible de rencontrer tous ceux qui auraient un témoignage à faire en passant seulement quelques jours dans chaque ville et chaque province. Nous avons donc lancé sur notre site Web la campagne " partagez votre histoire ", invitant les gens de tous les horizons à raconter leur propre expérience. Et cela, pas seulement à l'intention de ceux qui sont dans l'impossibilité de participer à nos séances publiques, mais aussi pour ceux qui trouveraient pénible de partager leur " histoire " en direct ou lors d'une table ronde en présence d'étrangers. Ces histoires sont d'une richesse et d'une diversité sans égales.

Dans le monde de la recherche et dans les médias canadiens, on a qualifié cette approche de " novatrice, unique et sans précédent ", et il n'y a pas de doute que nous en soyons fiers, tout en travaillant très fort à élaborer notre musée à points de vue multiples. 

En ratissant le pays pour recueillir des histoires, le MCDP prendra connaissance de témoignages conflictuels avec autant d'attention et de rigueur qu'il le pourra, même si certains d'entre eux peuvent blesser certaines personnes. Cela requerra du courage et de la détermination, mais le tout suffisamment étayé par des ressources intellectuelles et universitaires pour faire en sorte que le Musée ait la capacité et l'autorité voulues pour traiter ces questions délicates et nous inciter, tous autant que nous sommes, à un dialogue respectueux. 

HISTOIRES DE GLBT

Donc, ce processus de cueillette d'histoires représente une excellente occasion de donner la parole à la communauté GLBT. Pour la première fois de notre histoire, durant la création d'une institution nationale, des représentants visibles de notre communauté sont inclus dès le départ. Il nous appartient de voir à ce que ces voix se fassent entendre. Nous sommes à identifier des histoires, des controverses, des discussions et des enjeux qui seront incorporés dans les contenus du Musée, tout en élaborant un cadre assurant un dialogue constant et je puis vous garantir que nombre d'expériences et d'histoires variées se rattachant à nos multiples orientations et identités en feront partie. 

À cet effet, je suis très heureux qu'une personne ait accepté de nous conseiller et de nous aider à recueillir des témoignages de tous les Canadiens et de toutes les Canadiennes, il s'agit de Jennifer Breakspear, Directrice exécutive de Qmunity ici à Vancouver, une championne des droits de la personne s'il en est!

Si certaines histoires seront intégrées directement au contenu du Musée, d'autres nous aideront à orienter nos scénarios, bâtir une bibliothèque et des archives ou promouvoir le processus.

SÉANCES PUBLIQUES DANS TOUT LE CANADA

Jusqu'ici, dans notre processus de cueillette, nous avons visité trois villes, Saskatoon, Iqaluit et Ottawa. Au cours de ces déplacements, nous avons découvert sans surprise que les droits de la personne constituent un concept très complexe, profondément enraciné dans des principes moraux, des pratiques culturelles et des valeurs personnelles.

Au cours de chaque journée consacrée à des rencontres, nous avons vu des personnes d'horizons très variés représentant des zones aux antipodes du spectre. Néanmoins, ils avaient tous en commun la conviction d'avoir raison.

Nous avons rencontré des groupes politiquement actifs et organisés et des personnes privées de certains de leurs droits. Notre équipe a été frappée par l'ouverture et la franchise des gens qui se sont adressés à nous. Nous avons aussi été étonnés d'entendre ce que les gens avaient à partager et qui, parfois, défiait nos notions préconçues.

Un exemple, ce professeur francophone d'une communauté rurale de Saskatchewan qui nous a raconté l'histoire d'un étudiant recourant à l'écriture pour s'exprimer tout au long de ses études collégiales. Le professeur nous a raconté à quel point il était particulier de mentorer ce jeune homme et à quel point il était attristant d'apprendre qu'une fois ses études collégiales terminées, ce jeune homme très articulé s'était suicidé, incapable de faire face aux pressions et aux préjugés qu'il avait à subir… parce qu'il était gai. Ce professeur, dont on se serait attendu à ce q u'il nous parle de droits linguistiques des minorités, de droits des travailleurs agricoles, a plutôt utilisé son temps de parole pour évoquer le sens artistique d'un jeune homme gai au long d'une vie brutalement interrompue par les préjugés.

FILS CONDUCTEURS

Ce n'est là qu'un exemple de notre approche à angles multiples. On peut être gai ou conventionnel, on peut être séduit par la musique ou par les mathématiques, on peut être autochtone ou caucasien. On peut parler anglais, français, cri ou les trois. Le fait est que, qui que nous soyons, nous avons des points communs et que nous devons considérer les liens qui nous unissent plutôt que la distance qui nous sépare. 

Là-dessus en particulier, nous faisons un effort lors de nos discussions, afin de mobiliser les individus et les groupes qui ne soutiennent pas ce " musée des droits de la personne ", des groupes qui, par exemple, estiment que les " droits modernes " sont justement trop modernes. Nous n'acceptons pas la haine, mais nous tentons de mobiliser ceux qui, sur une base philosophique, peuvent être en désaccord avec nous. 

CRITIQUE

Je sais que plusieurs, dans notre communauté, ont eu connaissance de critiques à l'égard du Musée, suggérant que nous n'étions pas intéressés à la vie des GLBT ou même que nous avions des préjugés à l'endroit des GLBT. Bien que fausses, ces critiques nous affectent profondément. Malheureusement, ce discours a fait en sorte que certains membres de notre communauté croient qu'ils n'ont pas leur place dans notre musée. Ce n'est absolument pas le cas et j'espère que ceux qui ont quelque chose à dire viendront le partager avec nous. Vous exclure du discours n'est pas la façon de faire entendre votre voix. Je sais qu'il est arrivé que des gens de notre communauté, leurs amis, leurs familles subissent un certain ostracisme à la suite de leurs prises de position. Mais nous devons garder courage et continuer d'insister pour avoir notre place à la grande table, et Stuart et moi vous invitons à y occuper vos sièges.

Notre but est de faire en sorte que le Musée canadien des droits de la personne rassemble les gens, qu'il les incite à faire preuve d'une plus grande ouverture d'esprit et à tenir compte du point de vue des autres, dans un contexte empreint de respect. Je peux vous affirmer qu'après avoir assisté à ces tables rondes, je crois que nous allons atteindre ce but.

JOIGNEZ-VOUS À NOUS

Ce processus de mobilisation du public qui se poursuit tant en personne que par internet, est le premier appel aux actes du Musée. C'est une invitation ouverte à l'égard de chacun de vous à participer, à faire part de votre histoire, à aider à identifier des histoires d'une certaine importance et d'autres témoins capables d'éclairer et de faire revivre certains aspects de l'histoire canadienne des droits de la personne d'hier et d'aujourd'hui. En nous assurant que ces histoires qui concernent les droits des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres soient dévoilées et que nos propres héros se voient reconnus, ces expériences occuperont plus de place dans le discours public et elles contribueront à faire en sorte que l'étudiant mentionné dans l'article du Winnipeg Free Press, l'un des milliers d'étudiants gais de ce pays, puisse pénétrer dans le Musée et y voir des modèles de sa propre personne humaine reflétés sur nos murs. Cela crée aussi une occasion pour mobiliser les jeunes membres de notre communauté et leur permettre d'accéder à des modèles de rôles tandis qu'ils deviennent nos futurs chefs de file.

L'un de nos plus grands et plus importants défis est de ne pas méconnaître nos propres préjugés. Nous devons les identifier, les pointer et y travailler.

RÉFLEXIONS SUR SOI-MÊME

Cela signifie que nous devons nous regarder aujourd'hui et questionner notre mode de pensée et notre comportement. À titre de minorité sexuelle et générique, y-a-t-il des choses que nous faisons ou disons qui soient blessantes pour les autres ? Et puis, y a-t-il des vérités absolues qui semblent inattaquables aujourd'hui mais qui pourraient être remises en question et considérées comme inacceptables et rétrogrades par les générations futures ? Ce Musée des droits de la personne que visiteront nos enfants et nos petits-enfants fera également l'évaluation de notre expérience de vie d'aujourd'hui. Que voulons-nous qu'ils voient ?

Ceci m'amène à énoncer une question fondamentale formulée par Graham Chandler dansM, le magazine de l'Association des musées canadiens, " Who's right and whose rights? " (qui a le droit et les droits de qui ?). Le musée amorce un dialogue et provoque un débat quant à la complexe dichotomie entre les droits individuels et collectifs, ainsi qu'à l'égard du droit d'un groupe à protéger ses propres droits mais pouvant violer ceux des autres. Une réflexion ardue mais un noble exercice. 

CONTEMPORAIN

Ainsi, mesdames et messieurs, le Musée canadien des droits de la personne traite de nos droits et nos responsabilités. Il parle un peu de l'histoire de nos vies et de notre pays, mais beaucoup, également, du monde qui nous entoure aujourd'hui.

Nous les lisons dans les journaux et les regardons aux nouvelles télévisées : des histoires de gens qui s'attaquent à cause de leurs différences. À l'échelle nationale, les manchettes sont noires d'histoires nourries de haine, et ce, même si nous habitons l'un des pays les plus accueillants et inclusifs du monde. En dépit de nos efforts méritoires, le racisme et l'intolérance à la différence persistent et s'expriment avec de plus en plus de virulence dans nos communautés.

Malgré tout, on trouve dans tous les coins du Canada des champions des droits de la personne. Il y a des gens de tous les horizons qui ont eu une influence sur les mouvements de défense des droits de cette même communauté. Ces gens luttent pour l'égalité, prennent des responsabilités, non seulement par le truchement du système juridique mais aussi dans leur vie de tous les jours. Il est essentiel que nous reconnaissions et commémorions leurs témoignages ici-même, ce soir et chaque soir.

Le Musée canadien des droits de la personne a été créé à partir de l'idée que l'évolution continue du Canada jusqu'à devenir l'une des sociétés les plus ouvertes et les plus inclusives du monde exige de responsabiliser et d'inspirer les chefs de file de demain pour qu'ils poursuivent au Canada et dans le monde, ce long voyage des droits humains. 

Pierre Elliot Trudeau, à qui il est rendu hommage ce soir, était l'un de ces chefs de file et il ne pouvait mieux dire que : " une société qui prône l'uniformité engendre l'intolérance et la haine ". Je suis fier d'être ici avec vous tous, ce soir, pour reconnaître la justesse et la valeur de cet énoncé.

Merci

[1] http://www.yogyakartaprinciples.org/principles_en.htm

[2] http://archives.cbc.ca/politics/rights_freedoms/topics/538‑2700/

[3] http://dukeupress.typepad.com/dukeupresslog/2009/07/gay-rights-victory-i…

[4] Schools full of Homophobia : recherchiste

Nick Martin, Winnipeg Free Press 14/09/09