En tant que responsable de la conservation et vice‐président des expositions du Musée, Matthew Cutler a joué un rôle de premier plan dans la mise en place de notre exposition sur la purge LGBT au Canada. Mais ce n’est que récemment qu’il a découvert un lien personnel avec cette histoire de violations des droits de la personne et de militantisme – un lien qui a mis en lumière sa propre expérience de vie.
Cet article est extrait du catalogue de l’exposition Amours cachés : La purge LGBT au Canada, qui contient des réflexions et des récits sur l’histoire et le militantisme queers. Commandez votre exemplaire du catalogue de l’exposition dès aujourd’hui.
Les 20 dernières années de ma vie ont été consacrées à la défense des droits et à la reconnaissance des personnes 2ELGBTQ+ au Canada et dans le monde. J’ai eu le privilège de travailler avec des ami·e·s et des complices pour diriger des défilés, créer des organisations, rendre les jeux multisports plus inclusifs, favoriser des lieux de travail accueillants et construire des espaces où les personnes queers et trans peuvent s’épanouir. Pourtant, ce n’est que récemment que j’ai appris l’existence d’un lien plus profond avec ce mouvement – un lien qui façonne profondément ma propre histoire.
Le capitaine Joshua Birch, cousin de ma mère, a remporté une victoire historique dans la lutte pour les droits des personnes 2ELGBTQ+ lorsque, en 1992, la Cour d’appel de l’Ontario a statué que la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle était illégale en vertu du droit canadien. La victoire dans l’affaire Haig et Birch c. Canada a toutefois été douce‐amère pour les personnes qui connaissaient et aimaient Joshua : peu après la victoire, il s’est suicidé.
En apprenant l’existence de Joshua et en parlant ouvertement de sa vie pour la première fois, j’ai mieux compris pourquoi ma famille craignait pour moi lorsque j’ai dévoilé mon homosexualité : ils avaient été les témoins directs de l’impact de la discrimination systémique, et cette crainte a façonné leur réaction face à ma vie et à mon identité.
L’histoire de Joshua n’est qu’une des nombreuses histoires méconnues tissées dans l’exposition Amours cachés : La purge LGBT au Canada, et dans le tissu des communautés 2ELGBTQ+ du Canada. Des années 1950 aux années 1990, des milliers de personnes comme Joshua ont fait l’objet de discriminations et d’interrogatoires systématiques et ont été renvoyées de la fonction publique simplement en raison de qui elles étaient.
Pendant des décennies, nombre de ces histoires ont été passées sous silence ou considérées comme des incidents malheureux mais isolés. En révélant ces passés cachés, non seulement nous rendons hommage aux personnes qui sont venues avant nous, mais nous nous dotons également – ainsi que notre société – des connaissances et de l’empathie nécessaires pour créer un avenir plus juste et plus inclusif.
Pour certaines personnes, la purge sera peut‐être une révélation, un rappel inconfortable que le Canada a lui aussi son lot de chapitres sombres. Pour d’autres, elle peut raviver des souvenirs personnels – des liens avec des personnes de leur entourage ou des proches qui ont été victimes de discrimination. La mise au jour de ces histoires est une forme de justice, car elle nous permet de voir clair et de commencer à réparer les dommages causés.
Ce travail ne se limite pas à l’exposition. Il se déroule chaque jour dans nos galeries, sur droitsdelapersonne.ca et dans les salles de classe de tout le pays. Grâce à leur relation avec le Musée, des millions de personnes apprennent à reconnaître l’injustice, à déterminer leurs forces personnelles et à utiliser ces outils pour être des défenseur·e·s à leur manière. Nous remercions vivement notre équipe professionnelle qui conçoit, réalise et soutient ce travail chaque jour.
Cette exposition doit son existence à la résilience des personnes ayant survécu à la purge LGBT. Lorsqu’elles ont gagné leur recours collectif contre le gouvernement du Canada en 2018, une partie du règlement de 145 millions de dollars a été allouée à faire connaître leurs histoires. Mais bien que les fonds puissent rendre une exposition possible, ce sont les relations profondes et la confiance forgées entre les survivant·e·s et le Musée qui ont donné tout son sens à cette exposition.
La vision des survivant·e·s pour cette exposition a joué un rôle central dans l’orientation de son contenu, en veillant à ce qu’elle rende hommage à la fois à la douleur et à la persévérance des personnes touchées. Le Musée est fier d’être à leurs côtés en tant que partenaire, allié et ami dans la mise en valeur de leur histoire.
Matthew Cutler
Responsable de la conservation et vice‐président, Expositions