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La promotion des droits de la personne par la musique au Canada Éliminer les barrières et faire progresser les droits de tous et de toutes

Par Julia Peristerakis

Deux femmes et un homme se tiennent debout sur une scène, tandis qu’un groupe de personnes vêtues d’une chemise blanche se tient debout derrière, sur une tribune. La femme au centre salue une personne hors champ et l’homme, à droite, tient un micro.

Photo : La Presse canadienne, Justin Tang

Détails des histoires

La musique est un langage universel qui transcende les barrières géographiques et culturelles. L’émotion qu’elle transmet est impossible à exprimer seulement par les mots. Mais la musique peut faire bien d’autres choses que susciter des émotions. Elle peut attirer l’attention sur d’importants problèmes sociaux et politiques. Elle peut donner la parole aux personnes privées de certains de leurs droits. La musique peut changer l’opinion d’une personne et mobiliser des communautés entières. Là où des personnes luttent pour la reconnaissance de leurs droits, on trouve souvent des chants de protestation et d’espoir.

Même si la musique a longtemps été utilisée pour accompagner les mouvements et inspirer le changement, les années 1960 et 1970 ont vu naître des conversations et des mouvements importants en faveur des droits de la personne partout au Canada, notamment les droits des femmes, les droits des autochtones, les droits linguistiques et les droits des personnes LGBTTQ*, ainsi que de la mobilisation envers des traités internationaux relatifs aux droits de la personne et pour de l’aide humanitaire. Au même moment, les musiciens et musiciennes du Canada avaient du mal à trouver un public national et international avant la nouvelle réglementation de 1970 du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Cette réglementation controversée obligeait les stations de radio canadiennes à diffuser un minimum de contenu créé par des artistes du Canada, ce qui a entraîné l’essor de l’industrie de la musique partout au pays. 

La conjugaison de la scène musicale canadienne en émergence et de la sensibilisation croissante aux droits a donné lieu à une vague d’artistes populaires s’exprimant pour souligner les problèmes au pays et à l’étranger. En utilisant leurs plateformes pour provoquer des changements, les artistes du Canada ont éliminé les barrières, contesté les inégalités, exhorté les gens à agir et favorisé les discussions sur les droits de la personne au Canada et ailleurs. 

Rita MacNeil mobilise un mouvement féministe

Les féministes des années 1960 et 1970 ont mis les droits des femmes de l’avant en s’organisant pour apporter des changements politiques, économiques et sociaux. La musique a joué un grand rôle dans les manifestations, les assemblées et les célébrations. De nombreuses militantes et auteures-compositrices-interprètes ont attiré l’attention sur un éventail d’enjeux touchant les femmes, notamment la garde des enfants, l’emploi, les droits en matière de reproduction et la violence envers les femmes. La musique féministe de cette époque comprend des chansons sur des préoccupations politiques importantes, mettant en valeur les perspectives et les expériences personnelles uniques des femmes. 

Rita MacNeil au festival Mariposa, 1975.

Photo : Clara Thomas Archives and Special Collections, Mariposa Folk Foundation, F0511, ASC3498, photographie par Michael J. Jackson

En 1975, Rita MacNeil, une Néo-Écossaise, lance ce qui est considéré comme l’un des premiers albums féministes au Canada, Born a Woman (Née femme). La participation de la chanteuse au Toronto Women’s Caucus, un groupe influent de militantes féministes, l’inspire à écrire ses premières chansons, qu’elle chantera haut et fort lors de manifestations et de réunions. 

To be born a woman, you quickly learn
Your body will be their first concern
The media, they’ve done so fine
Exploited our bodies and buried our minds

“Born a Woman” (1975) – Rita MacNeil

MacNeil est devenue l’une des chanteuses les plus aimées au Canada avec un répertoire bien connu du grand public, dont le succès de 1986 « Flying on Your Own » (Voler de ses propres ailes). Des décennies plus tard, un historien et une historienne ont révélé que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait envoyé des informatrices pour espionner les réunions de libération des femmes, et que Rita MacNeil était présente à l’une d’elles1.

Dans ce rapport de surveillance déclassifié par la GRC, une informatrice décrit Rita MacNeil comme la personne qui compose et chante des chansons sur la libération des femmes.

Source : Extrait d’un rapport du service de sécurité de la GRC, avril 1972. Bibliothèque et Archives Canada, fonds du Service canadien du renseignement de sécurité. © Gouvernement du Canada

Jacqueline Lemay sur les femmes et le pouvoir

L’année 1975 marque également l’Année internationale de la femme. Afin de la souligner, les Nations Unies demandent à l’auteure-compositrice-interprète canadienne-française Jacqueline Lemay d’écrire une chanson thème. La chanson de Lemay, « La moitié du monde est une femmes », parle du fait que les femmes sont rarement représentées aux postes de pouvoir, même si elles comptent pour la moitié de la population.

Video:

CHANSON : La moitié du monde est une femme
ARTISTE : Jacqueline Lemay

Paroles:

La moitié du monde est une femme
Qui jusqu'ici avait caché son âme
Elle parle aujourd'hui encore trop peu
Mais demain je vous dis c'est dans ses yeux
Que vous verrez une flamme

La moitié du monde est une femme
Aujourd'hui enfin elle réclame
Ce qui lui revient et ce qui est son droit
Il est bien fini le règne de l'unique roi
L'autre côté de la terre passe à la lumière
La moitié du monde est une femme
La moitié du monde est une femme

Celle qui attendait en silence
Aujourd'hui retrouve la confiance
Et le goût de vivre son propre destin
Et le goût de suivre son propre chemin
De prendre part à tout ce qui vient

L'avenir du monde est une femme
Une paix plus forte que les armes
Pour un nouveau jour, une autre humanité
Plus près de l'amour et plus près de la liberté
Un espoir qui s'avance, la dernière chance
La moitié du monde est une femme

Description de la vidéo :

L’image de la couverture d’un album, sur lequel on peut lire « La moitié du monde est une femme » et « Jacqueline Lemay ». On voit la photo d’une femme (tête et épaules) aux cheveux mi-longs qui volent au vent et brillent au soleil. Elle porte un foulard et regarde vers l’objectif.

Bruce Cockburn cible la violence militaire

Au cours des années 1980, Bruce Cockburn chante souvent au sujet de ses préoccupations politiques croissantes, comme les conséquences des guerres et des conflits pour les populations civiles du monde entier. En 1983, alors qu’il visite avec Oxfam un camp de réfugiés dans le sud du Mexique, Cockburn apprend que l’armée guatémaltèque a récemment traversé la frontière pour attaquer la population des camps.

Enfants guatémaltèques en classe dans un camp de réfugiés du Chiapas, au Mexique, 1990.

Photo : Getty Images, Corbis, Howard Davies

Le courage tranquille, la détermination féroce et la dignité des réfugiés, les enfants qui restent des enfants après tout ce qu’ils ont vu – tout ça m’a frappé comme un pic à glace au cœur. [2]

Bruce Cockburn

Furieux en raison de ce qu’il a vu, Cockburn écrit la chanson « If I Had a Rocket Launcher » (Si j’avais un lance-roquettes), condamnant les actions de l’armée.

Video:

CHANSON : If I Had a Rocket Launcher
ARTISTE : Bruce Cockburn

Paroles :

Here comes the helicopter – second time today
Everybody scatters and hopes it goes away
How many kids they've murdered only God can say
If I had a rocket launcher, if I had a rocket launcher
If I had a rocket launcher, I'd make somebody pay

I don't believe in guarded borders and I don't believe in hate
I don't believe in generals or their stinking torture states
And when I talk with the survivors of things too sickening to relate
If I had a rocket launcher, if I had a rocket launcher
if I had a rocket launcher, I would retaliate

On the Rio Lacantun, one hundred thousand wait
To fall down from starvation – or some less humane fate
Cry for Guatemala, with a corpse in every gate
If I had a rocket launcher, if I had a rocket launcher
if I had a rocket launcher, I would not hesitate

I want to raise every voice – at least I've got to try
Every time I think about it water rises to my eyes.
Situation desperate, echoes of the victims cry
If I had a rocket launcher, if I had a rocket launcher
if I had a rocket launcher, some son of a bitch would die

Description de la vidéo :

Un homme joue la guitare et chante dans la jungle, parmi des ruines. Les images changent au fil de la vidéo. Des hélicoptères survolent le paysage et des camions militaires sillonnent les routes. Des femmes et des enfants pleurent en regardant des corps dans la rue. Une personne regarde des négatifs de films, des coupures de journaux et des photos dans des dossiers portant les mentions « camps », « personnes disparues » et « Guatemala ». L’homme du début de la vidéo est montré de nouveau à la fin, marchant dans une rue urbaine. Il se retourne et regarde droit vers la caméra.

Les Canadiennes foncent et battent les records de l’industrie

Pendant les années 1990, les Canadiennes réalisent des percées importantes en musique. Des artistes comme Alanis Morissette, Shania Twain et Céline Dion battent des records importants de l’industrie, dans un paysage musical largement dominé par les hommes, en vendant des millions d’albums et en créant des chansons qui ont connu le succès dans le monde entier. Ces femmes font partie des pionnières qui contestent le statu quo.

Quand elle constate que les promoteurs ne veulent pas qu’elle parte en tournée avec une autre femme artiste, et que les stations de radio ne diffusent pas deux chansons de suite interprétées par des femmes, Sarah McLachlan décide qu’il faut faire quelque chose. De sa frustration naît l’idée d’un festival de musique exclusivement féminin, visant à démontrer qu’il existe une demande pour les musiciennes, et qu’elles ont des perspectives importantes et variées à faire connaître.

McLachlan lance donc Lilith Fair en 1997 et cet événement devient un festival annuel présenté trois années d’affilée. À l’époque, ce festival est parmi ceux qui génèrent les plus grands revenus. Lilith Fair inspire une génération de jeunes femmes et sert de tremplin à de nombreuses artistes canadiennes, dont Tegan and Sara, Nelly Furtado et Bif Naked.

Spectatrices au festival de musique exclusivement féminin Lilith Fair, lancé par Sarah McLachlan, à Pasadena, en Californie, 1998.

Photo : Reuters, Str Old

La chanson « O Siem », de Susan Aglukark, atteint la position numéro un au Canada en 1995, faisant de cette artiste la première musicienne inuite à se classer dans le palmarès canadien des 40 plus grands succès. La chanson d’Aglukark, qui encourage la tolérance et appelle à la fin de la haine et du racisme, est un énorme succès au Canada. Par sa musique et sa vie personnelle, Aglukark attire l’attention sur les obstacles et les difficultés auxquels font face les Inuits au Canada.

Video:

CHANSON : O Siem
ARTISTE : Susan Aglukark

Paroles :

O Siem, we are all family
O Siem, we're all the same
O Siem, the fires of freedom
Dance in the burning flame

Siem o siyeya, all people rich and poor
Siem o siyeya, those who do and do not know
Siem o siyeya, take the hand of one close by
Siem o siyeya, of those who know because they try
And watch the walls come tumbling down

O Siem, we are all family
O Siem, we're all the same
O Siem, the fires of freedom
Dance in the burning flame

Siem o siyeya, all people of the world
Siem o siyeya, it's time to make the turn
Siem o siyeya, a chance to share your heart
Siem o siyeya, to make a brand new start
And watch the walls come tumbling down

O Siem, we are all family
O Siem, we're all the same
O Siem, the fires of freedom
Dance in the burning flame
Fires burn in silence
Hearts in anger bleed
Wheel of change is turning
For the ones who truly need
To see the walls come tumbling down

O Siem, we are all family
O Siem, we're all the same
O Siem, the fires of freedom
Dance in the burning flame

O Siem, we are all family
O Siem, we're all the same
O Siem, the fires of freedom
Dance in the burning flame

O Siem, we are all family
O Siem, we're all the same
O Siem, the fires of freedom

Description de la vidéo :

L’image de la couverture d’un album, sur lequel on peut lire « Susan Aglukark » et « This Child ». Le visage d’une femme est penché vers le bas. Elle porte un bandeau doré sur le front avec des rangées de perles blanches, noires, brunes et orange qui pendent de chaque côté au niveau de ses tempes.

Lorsque k. d. lang fait son entrée sur la scène pop et country, son style vestimentaire décalé et androgyne la distingue des artistes plus classiques. Peu de temps après la sortie de son album de 1992, Ingénue, qui connaît un grand succès, k. d. lang révèle publiquement son homosexualité dans le magazine LGBTTQ* The Advocate. Peu d’artistes dans le domaine de la musique sont ouvertement gais à l’époque. Par ses gestes, lang contribue à amener l’identité sexuelle et l’expression de genre dans la conversation générale.

J’ai longuement hésité avant de dire oui à The Advocate, car je savais qu’il y aurait des répercussions. Mais je voulais affirmer mon identité. Je voulais sortir du placard!

k.d. lang

K’naan trouve de l’espoir dans un conflit

À 13 ans, K’naan quitte son domicile à Mogadiscio en Somalie avec sa famille, quand la guerre civile éclate. Sa famille s’installe à Toronto, où il commence à se produire comme poète. Le premier album de K’naan explore ses expériences liées à la guerre, au déplacement et à la migration. Mais c’est sa chanson « Wavin’ Flag » (Agiter son drapeau) qui retient l’attention du monde entier en 2010, lorsqu’elle est choisie comme hymne officiel de la Coupe du monde de la FIFA, en Afrique du Sud.

Video:

CHANSON : Wavin’ Flag
ARTISTE : K'naan

Paroles :

When I get older, I will be stronger
They'll call me freedom just like a wavin' flag
So wave your flag, now wave your flag
Now wave your flag ohohoh

Born to a throne, stronger than Rome
A violence prone, poor people zone
But it's my home, all I have known
Where I got grown, streets we would roam

Out of the darkness, I came the farthest
Among the hardest survival
Learn from these streets, it can be bleak
Accept no defeat, surrender, retreat

So we struggling, fighting to eat
And we wondering when we'll be free
So we patiently wait for that fateful day
It's not far away, but for now we say

When I get older I will be stronger
I’ll make it better, struggle no longer
When I get older I will be stronger
They'll call me freedom just like a wavin' flag
So wave your flag, now wave your flag
Now wave your flag
now wave your flag
Now wave your flag
now wave your flag
Now wave your flag
ohohoh

So many wars, settling scores
Bringing us promises, leaving us poor
They got no occupation to buy no medication
See it’s a combination of no education
We can never get it say, tomorrow's generation
Cause they can't control us, no they can't hold us down
We gonna pick it up, even though we all struggling
Fighting to eat
And we wondering
When we'll be free
So we patiently wait for that fateful day
It's not far away, but for now we say

When I get older, I will be stronger
I'll make it better, struggle no longer
When I get older, I will be stronger
They'll call me freedom, just like a waving flag
So wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Ohohoh

Ohhhh ohhhh ohhhhh ohhhh
And everybody will be singing it
Ohhhh ohhhh ohhhhh ohhhh
And you and I will be singing it
Ohhhh ohhhh ohhhhh ohhhh
And we all will be singing it
Ohhh ohh ohh

When I get older
I will be stronger, stronger, stronger
I will be stronger, stronger, stronger
I will be stronger
They'll call me freedom, just like a wavin’ flag
So wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag
Now wave your flag

Yeah
Ohhhh ohhhh ohhhhh
Just like a wavin’ flag
Ohhhh ohhhh
Just like a wavin’ flag
Ohhhh ohhhh
Just like a wavin’ flag
Ohhhh ohhhh
Just like a wavin’ flag

Description de la vidéo :

Trois hommes vêtus de noir chantent et dansent. L’un des hommes chante et danse dans un grand nombre de lieux différents : sur une plage, sur le versant d’une colline, dans les bois, dans une ville, dans un studio, sur une scène pendant un concert, et avec d’autres adultes et enfants. Ces scènes alternent avec d’autres qui montrent les trois hommes individuellement – marchant dans la nature, parlant à d’autres personnes dans un milieu de petite communauté, embrassant une petite fille, signant des autographes et dansant avec des amis.

Cette chanson inspirante, qui porte sur la nécessité de trouver de l’espoir et de se sentir libre d’agir en période de violence et de conflit, devient un succès international. En 2010, le collectif Jeunes artistes pour Haïti, un supergroupe de musiciennes et musiciens canadiens comprenant Jully Black, Pierre Lapointe et Justin Bieber, enregistre « Wavin’ Flag ». La chanson permet de recueillir des fonds à la suite du tremblement de terre dévastateur en Haïti.

Ariane Moffatt fait du bruit avec des étudiants et étudiantes du Québec

Le militantisme étudiant a une longue histoire au Canada, et au Québec en particulier. Quand le gouvernement du Québec décide d’augmenter les droits de scolarité des universités en 2011–2012, les étudiants et étudiantes descendent dans la rue pendant des mois pour protester.

Étudiants et étudiantes manifestant dans les rues du centre-ville de Montréal contre la hausse des droits de scolarité, 2012.

Photo : AFP, Rogerio Barbosa

Pour tenter de mettre fin aux manifestations, le gouvernement provincial, dirigé par Jean Charest, adopte une loi spéciale, la loi 78, limitant le droit de manifester. Nombre de personnes critiquent la législation anti-manifestation, affirmant qu’elle viole les droits de la population étudiante. Outrés, des dizaines de milliers de citoyennes et de citoyens se joignent à la grève étudiante. En réaction à la loi, la musicienne québécoise Ariane Moffatt réédite sa chanson « Jeudi, 17 mai », en modifiant les paroles afin de dénoncer la loi anti-manifestation. La nouvelle version devient immédiatement virale.

Video:

CHANSON : Jeudi, 17 mai
ARTISTE : Ariane Moffatt

Paroles :

Twitter ne dérougit pas, il est 6 heures
Le Québec se réveille sous le règne de la peur
À Cannes c’est le festival de Dolan et ses sœurs
À l’Église on prie pro-vie chez les Conservateurs
Rouges et verts sont coincés dans la même fourrière
La planète dit adieu à sa grande Donna Summer
Y’a un frisson qui passe entre mes pieds et mon cœur

Je n’invente rien
C’est la presse qui parle
Ce 17 mai au matin
Je m’oppose à cette « loi spéciale »

Hollande survit à sa grande première
Le registre des armes à feu est réduit en poussières
Facebook: troisième pays en puissance sur la Terre
La Gaga censurée doit annuler des concerts
Pauvre Zampino sorti du lit à coup de marteau
Alors que Line Beauchamp doit enchaîner les mojitos
Partout dans les rues, des étudiants en colère
Almanach quotidien fumigènes dans l’atmosphère

Je n’invente rien
C’est Jean Charest qui parle
Ce 17 mai au matin
Je m’oppose à cette « loi spéciale »

[Extraits de reportages et d’entrevues; sons d’une manifestation]

Description de la vidéo :

Une caricature de deux hommes et d’une femme debout devant un tableau noir et faisant crisser leurs ongles sur le tableau. Ils ont un carré rouge fixé au revers de leur col. Au-dessus du tableau, on peut lire « Le gouvernement impose une loi spéciale ».

Reconquérir l’histoire

Depuis des décennies, les musiciens autochtones utilisent la musique pour appeler au changement et attirer l’attention sur les effets de la colonisation et des violations continues de leurs droits. Plus récemment, on a constaté une résurgence des styles de musique traditionnels autochtones, associés à des sonorités contemporaines. Les artistes préservent et mettent en valeur leur patrimoine tout en célébrant le dynamisme contemporain des cultures autochtones.

Tanya Tagaq associe de manière unique le chant guttural traditionnel inuit aux styles de musique moderne. Née et élevée au Nunavut, elle a parlé ouvertement de la violence faite aux femmes autochtones et de la violence contre la planète. Elle a également raconté son expérience personnelle en matière de racisme, de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle. Tagaq est une ardente défenseure de la chasse au phoque traditionnelle comme moyen de soutenir les pratiques culturelles et les moyens de subsistance de la population inuite.

Video:

CHANSON : Retribution
ARTISTE : Tanya Tagaq

Paroles :

Our mother grows angry
Retribution will be swift
We squander her soil and suck out her sweet black blood to burn it
We turn money into God and salivate over opportunities to crumple and crinkle our souls for that paper, that gold
Money has spent us
Left us in small boxes, dark rooms, bright screens, empty tombs
Left investing our time in hollow philosophies
To placate the fear of our bodies returning back into our mother
Demand awakening
The path we have taken has rotted
Ignite, stand upright, conduct yourself like lightning because
The retribution will be swift

[Chant de gorge]

Description de la vidéo :

Une femme dans un entrepôt peu éclairé allume un feu sur une pile de peaux d’animaux. Elle se peint le visage en noir d’une manière agressive. Une femme parler en regardant directement vers la caméra. Au fond de l’entrepôt, deux femmes dansent, leurs doigts recourbés comme des griffes. On voit un loup blanc marcher dans une autre partie de l’entrepôt, puis apparaissent des animations de divers autres animaux, comme un original et un bison. Au fil de la vidéo, la femme qui chante vers la caméra semble se mettre en colère. La vidéo accélère et continue de façon saccadée, qui donne un effet troublant. Tout s’arrête, puis on revoit le feu.

Appels à l’action

La réconciliation est un thème important dans la musique canadienne d’aujourd’hui, et de nombreux artistes autochtones et non autochtones utilisent leur musique et leur plateforme pour sensibiliser le public aux conséquences des pensionnats. En 2016, Gord Downie, du groupe The Tragically Hip, lance un album portant sur l’histoire de Chanie Wenjack, un jeune garçon mort alors qu’il tentait de s’échapper d’un pensionnat. En plus de créer cet album, Downie s’associe à l’artiste Jeff Lemire pour produire un roman graphique et un film d’animation. Même après avoir appris qu’il souffrait d’un cancer du cerveau en phase terminale, Downie passe les derniers mois de sa vie à encourager tous les Canadiens et toutes les Canadiennes à s’informer sur les questions autochtones et à prendre des mesures menant à la réconciliation. Avec la famille Wenjack, Downie crée le fonds Gord Downie & Chanie Wenjack afin de soutenir les initiatives de réconciliation en cours.

Video:

CHANSON : The Stranger
ARTISTE : Gord Downie

Paroles :

I am a stranger
You can't see me
I am a stranger
Do you know what I mean?
I navigate the mud
I walk above the path
Jumpin' to the right
Then I jump to the left
On a secret path
The one that nobody knows
And I'm moving fast
On the path that nobody knows
And what I'm feelin'
Is anyone's guess
What is in my head
And what's in my chest
I'm not gonna stop
I'm just catching my breath
They're not gonna stop
Please just let me catch my breath
I am the stranger
You can't see me
I am the stranger
Do you know what I mean?
That is not my dad
My dad is not a wild man
Doesn't even drink
My dad, he's not a wild man
On a secret path
The one that nobody knows
And I'm moving fast
On the path that nobody knows
I am a stranger
I am a stranger
I am a stranger
I am a stranger

Description de la vidéo :

Une vidéo animée commence par les mots (en anglais) « Entre le début des années 1800 et 1996, plus de 150 000 enfants autochtones ont été systématiquement enlevés à leurs familles. Ils ont été envoyés dans des pensionnats gérés par des organisations religieuses et financés par le gouvernement canadien. Les enfants n’avaient pas le droit de parler leur langue et de pratiquer leur culture – ils ont été forcés de s’assimiler au « Canada blanc ». Voici l’histoire de Chanie Wenjack, 12 ans. En 1966, il s’est enfui du pensionnat indien Cecilia Jeffrey de Kenora, en Ontario, et a essayé de rentrer à pied à Ogoki Post, à 600 kilomètres de là. »

Un garçon marche le long d’une voie ferrée. Il a l’air triste et semble avoir froid. La scène est entièrement d’un bleu/gris. La scène passe au même garçon qui pêche et a l’air heureux, dans une scène colorée et chaleureuse. Il s’approche d’un homme, d’une femme et d’un bébé – sa famille – autour d’un feu de camp à l’extérieur d’une maison, et l’homme lui sourit avec affection. De retour sur les rails, le garçon se souvient quand lui et d’autres garçons se sont fait couper les cheveux par un homme habillé en noir. Les garçons vont tous au lit dans une pièce ensemble. Le garçon pensif reste éveillé dans son lit. La scène revient au garçon le long de la voie ferrée, et il pense à sa famille et à l’endroit où il se trouve avec les autres garçons.

En 2018, Jeremy Dutcher, chanteur et musicologue de formation classique, remporte le prestigieux prix musical canadien Polaris, pour son album Wolastoqiyik Lintuwakonawa. L’album est entièrement en langue wolastoqey, parlée dans la communauté de Dutcher, la Première Nation de Tobique, au Nouveau-Brunswick. On compte actuellement moins de 100 personnes qui parlent couramment cette langue. Pendant son apprentissage auprès de l’aînée Maggie Paul, Dutcher écoute et retranscrit des enregistrements centenaires de chants traditionnels de sa communauté, réalisés sur des cylindres de cire. Il ajoute ensuite les voix de ses ancêtres à ses propres compositions pour créer de nouvelles chansons qui s’harmonisent avec le passé. Avec cet album, Dutcher fait connaître la langue et les chansons wolastoqeys aux gens de tout le Canada, en préservant et en célébrant sa langue et sa culture.

Jeremy Dutcher se produisant au gala du prix Polaris à Toronto, le 17 septembre 2018.

Photo : La Presse canadienne, Tijana Martin

Canada, tu es au cœur de la renaissance autochtone. Es-tu prêt à entendre la vérité qui doit être dite? Es-tu prêt à voir les choses qui doivent être vues?

Jeremy Dutcher

Les liens entre la musique et les droits de la personne sont nombreux, et des artistes passionnés se consacrent à favoriser des changements positifs. Les musiciens et musiciennes du Canada incitent des légions d’amateurs de musique à agir sur les questions relatives aux droits de la personne, et leur influence ne cesse de croître. De nos jours, la musique peut être transmise rapidement et sur de très grandes distances. Les artistes peuvent donc encourager de plus en plus de gens à faire face à des questions de grande importance.

Questions de réflexion :

Comment la musique peut-elle promouvoir les droits de la personne?

La musique a-t-elle déjà changé votre opinion? De quelle façon?

Quelles chansons vous inspirent à changer les choses?

Lectures suggérées

  • Cockburn, Bruce. Rumours of Glory, Toronto, HarperCollins Publishers, 2014.
  • Peddie, Ian. Popular Music and Human Rights Volume 1: British and American Music, Surrey, Angleterre, et Burlington Vermont, Ashgate, 2011.
  • Peddie, Ian. Popular Music and Human Rights Volume 2: World Music, Surrey, Angleterre, et Burlington, Vermont, Ashgate, 2011.

  • Rhindress, Charlie. I’m Not What I Seem: The many stories of Rita MacNeil’s Life, Halifax, Nova Scotia, Formac Publishing Company, 2016.
  • Rosenthal, Robert et Richard Flacks. Playing for Change: Musicians in the Service of Social Movements, Boulder, CO, Paradigm Publishers, 2012.
  • Schwartz, Ellen. Born a Woman: Seven Canadian Women Singer-Songwriters, Winlaw, C.-B, Polestar Press, 1988.
  • Sentha, Christabelle et Steve Hewitt. Just Watch Us: RCMP Surveillance of the Women’s Liberation Movement in Cold War Canada, Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 2018.
  • Warner, Andrea. We Oughta Know: How Four Women Ruled the ‘90s and Changed Canadian Music, Eternal Cavalier Press, 2015.

1Christabelle Sentha et Steve Hewitt, Just watch us: RCMP surveillance of the women’s liberation movement in cold war Canada. Montréal et Kingston: McGill-Queen’s University Press, 2018, 138.

2Bruce Cockburn, Rumours of glory, Toronto: HarperCollins Publishers, 2014, 225–226.