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Faire face au génocide au Canada

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Un homme debout à un lutrin parle dans un microphone.

Photo : MCDP, John Woods

Détails du communiqué

Le Musée canadien pour les droits de la personne reconnaît que l'expérience coloniale au Canada, du premier contact à nos jours, constitue un génocide contre les peuples autochtones. Le système des pensionnats indiens a été un élément clé de ce génocide.

Les méthodes de perpétuation du génocide comprennent des moyens physiques, biologiques et culturels, qui peuvent tous être utilisés pour détruire un groupe de personnes. Les politiques du Canada visant à assimiler les peuples autochtones comprennent l'interdiction des langues, des pratiques culturelles et des traditions politiques et le retrait forcé des enfants de leur famille. Il s'agissait de tentatives délibérées d'effacer un groupe distinct de personnes en détruisant les fondements essentiels de leur mode de vie.

Le 26 avril 2018, le président-directeur général du MCDP, John Young, a prononcé le discours principal au Rassemblement national Atamiskakewak, à Moose Jaw, sur la façon dont les peuples autochtones et non autochtones peuvent progresser ensemble sur la voie de la réconciliation. Des extraits de son propos, édités pour publication sur le Web, sont affichés ci-dessous.

Comme il s’agit de l’un des premiers rassemblements majeurs depuis la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) et de ses 94 appels à l’action, nous avons cru que le moment était bien choisi, pour nous en tant que musée, de réfléchir à certains des progrès que nous avons réalisés, aux reculs aussi, et à ce que l’avenir pourrait nous réserver.

Le thème de ce rassemblement, « Se saluer en se serrant la main », me rappelle des paroles sages prononcées par le sénateur Murray Sinclair (le juge Sinclair à l’époque) alors qu’il menait les travaux de la CVR. Ses messages avaient touché une corde sensible chez moi et me viennent souvent à l’esprit dans beaucoup de mes interactions. 

Le sénateur Sinclair soutenait qu’il est difficile pour deux personnes de se parler si elles regardent toutes les deux dans des directions différentes et crient l’une envers l’autre. Selon lui, pour arriver à un dialogue, les deux doivent marcher ensemble. Il faut parfois tendre la main et marcher aux côtés de quelqu’un, en empruntant un chemin que l’on a déjà parcouru… pour commencer à cheminer ensemble.

Voilà une analogie pertinente pour la voie de la réconciliation que nous empruntons tous et toutes en tant que peuple au Canada.

Pour bon nombre d'entre vous ici aujourd'hui, il se peut que vous ayez parfois l'impression de marcher depuis longtemps dans la solitude, en attendant que le reste d’entre nous vous rattrapent. J'ai toutefois bon espoir que nous commençons à nous rattraper. J’aimerais d’ailleurs vous parler de comment, à mon avis, notre musée s'efforce de contribuer à la réconciliation.

Notre mandat consiste à accroître la compréhension qu’a le public des droits de la personne, à promouvoir le respect des autres et à favoriser la réflexion et le dialogue.

Les histoires sont au cœur de l’expérience offerte par le Musée. Nos visiteurs et visiteuses découvrent des histoires de tragédie et de désespoir, de célébration et d’exploits, d’espoir et de résilience. Des histoires qui mettent en lumière ceux et celles qui œuvrent pour la réconciliation. Et des histoires qui font comprendre pourquoi la réconciliation est si nécessaire.

On ne peut parler de réconciliation que si l'on est ancré dans la vérité. Ce qui importe avant tout, c'est la vérité. Nous croyons que le système des pensionnats indiens a constitué un génocide.

Nous croyons également que les politiques et pratiques de la colonisation, d’où découle le système de pensionnats, relèvent du génocide. Nous l’affirmons sans détour dans notre exposition Cheminements, qui porte sur l’histoire des droits de la personne au Canada au cours des 150 ans depuis la Confédération. (À noter : cette exposition a été en montre au MCDP de la fin de 2017 jusqu’au début de 2019.)

Et nous savons qu’il s’agit d’une vérité qui n’est entendue que depuis peu dans les salles de classe et les églises, dans les salles de réunion et les cafés. Le travail mené par la CVR a été déterminant pour stimuler cette conversation.

Nous convenons que ce dialogue important ne fait que commencer et que bien des gens au Canada n’y sont pas encore prêts. Pour ces personnes, l’idée qu’un génocide serait survenu ici même au Canada – un génocide organisé et perpétré au moyen d’une série de politiques et de pratiques – va à l’encontre de tout ce qui leur tient à cœur en tant que Canadiens et Canadiennes.

À l’échelle internationale, le Canada jouit d’une très bonne image. C’est ici que la notion de maintien de la paix a été inventée. C’est un pays qui accueille les réfugiés, un pays qui a intégré les droits de la personne à sa constitution. Bon nombre d’entre nous sont fiers des réalisations du Canada, et avec raison. Nous devons toutefois admettre nos torts également, sans quoi notre mémoire collective restera incomplète. Nous devons aussi regarder les recoins sombres de notre passé, les exposer au grand jour.

Qu’on ne s’y trompe pas, l’histoire du Canada comporte sa part d’ombre et le système des pensionnats indiens constitue sans doute le chapitre le plus sombre de notre passé.

L’une des choses que j’entends le plus souvent de la part des gens qui viennent voir nos galeries sur les pensionnats est que jamais on ne leur avait parlé de tout ça à l’école. C’est en prenant conscience de ces histoires que l’on en viendra à reconnaître le génocide commis ici au Canada. Cela fait partie d’un cheminement national : passer du déni à la minimisation, puis à la reconnaissance – un cheminement nécessaire qui pourra favoriser et faciliter la guérison et la réconciliation.

L’important travail réalisé par la Commission de vérité et réconciliation, qui a mis au jour cette période de notre histoire, ne doit pas être sous-estimé. Combien de milliers de Canadiens et de Canadiennes ont entendu les récits d’enfants arrachés de leur famille et de leur communauté, les histoires d’agression, de négligence et de mort, pour la première fois grâce au travail de la CVR?

La CVR a publié 94 appels à l’action dans son rapport final. Cela comprend des appels à l’action qui s’adressent spécialement aux musées, aux services d’archives et aux communautés culturelles, notamment l’appel à souligner le 150e anniversaire de la Confédération canadienne de manière à favoriser la réconciliation.

Chez nous au Musée, ces appels à l’action ont été pris très au sérieux. En effet, la veille du dépôt du rapport final de la CVR en décembre 2015, nous avons inauguré une exposition bien spéciale qui a eu un profond impact sur nos visiteurs et visiteuses, et sur nous tous et toutes qui travaillons au Musée.

La Couverture des témoins, une exposition sur les pensionnats indiens, est une grande installation artistique créée à partir de morceaux d’histoire – des centaines d’objets récupérés de pensionnats, d’églises, de bâtiments gouvernementaux et d’autres structures culturelles de partout au Canada. Plus de 800 objets de 77 communautés ont été recueillis pour cette œuvre d’art inspirée d’une couverture tissée, y compris des lettres, des photos, des histoires, des livres, des vêtements, des objets d’art et des fragments d’édifices. Le maître sculpteur Carey Newman s’est inspiré de l’expérience vécue en pensionnat par son père Victor Newman pour créer la Couverture des témoins. C’est entre autres en accueillant la Couverture des témoins au Musée et en travaillant avec Carey que le Musée s’est mis à l’œuvre pour répondre aux appels à l’action de la CVR. Tablant sur la réussite de l’exposition, nous avons commencé à explorer de nouvelles façons de travailler avec des partenaires.

Nous nous sommes d’abord tournés vers la communauté autour de nous, vers les aînés, les aînées et les leaders, pour trouver des occasions de collaboration, d’écoute et d’apprentissage. Lors d’une des premières rencontres – dans un café Tim Hortons à 10 minutes environ du Musée – on m’a fait comprendre que certaines ouvertures du Musée étaient perçues comme étant purement symboliques ou convenues, comme si nous ne faisions que cocher une case d’une liste de choses à faire pour la réconciliation. Vous voyez ce que je veux dire. Et donc, avec l’appui de dirigeants et dirigeantes du Musée, de nos conseils consultatifs et de nos groupes de travail, nous avons exploré des façons officielles et informelles de contribuer à la réconciliation et avons commencé à les mettre en pratique.

Je sais que nous en sommes aux premiers stades. Et je sais qu’il y aura des erreurs en cours de route. En revanche, je sais qu’il s’agit d’un cheminement auquel nous sommes fermement engagés, et que vos avis et vos commentaires nous seraient très utiles. J’espère de tout cœur que nous pourrons continuer sur cette voie ensemble.

Merci. Thank you. Miigwetch.

Personnes-ressources – médias

Maureen Fitzhenry