De réfugié à pompier

Un Canadien d’origine somalienne favorise l’esprit communautaire par l’espoir

Par Maureen Fitzhenry

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Un homme souriant devant un camion d’incendie.

Photo : MCDP, Rob Vincent

Détails de l'histoire

Ali Duale sait ce que c’est que d’être privé d’une communauté. En 1991, lui et sa femme ont fui une guerre civile brutale en Somalie pour se retrouver dans un camp de réfugiés au Kenya où ils ont passé sept ans et ont eu trois enfants. Après une épreuve qu’il choisit de décrire simplement comme « un long processus », la famille a finalement été acceptée au Canada comme réfugiés.

« Il est très difficile de décrire le fait d’être un réfugié et de n’être personne, dit‐il. Je me souviens quand j’étais dans un camp de réfugiés et que je ne possédais rien, aucun document, aucune pièce d’identité, aucun bien. Je me souviens d’être un moins que rien. Puis je suis devenu quelqu’un. »

Ali a travaillé fort pour devenir pompier de la Ville de Halifax, un poste qu’il occupe depuis 2004 – y compris dans le rôle d’agent de diversité et de liaison communautaire du service d’incendie pendant deux ans. Aujourd’hui père de huit enfants, il est également entraîneur de basket‐ball et agit comme ressource informelle pour les nouveaux Canadiens et les nouvelles Canadiennes.

Il est définitivement devenu « quelqu’un » dans sa communauté : un défenseur et un organisateur, il a aidé à construire une piscine, une mosquée et un centre communautaire qui sert également de centre sportif pour les enfants et de lieu de rassemblement pour les personnes nouvellement arrivées.

Ce pays m’a donné une deuxième chance. J’ai l’intention de redonner à la communauté.

Ali Duale

Pendant la pandémie de COVID‐19 de 2020 – souvent après une longue nuit de travail en tant que pompier et premier intervenant de la ville de Halifax – Ali charge régulièrement des provisions données dans sa voiture et les livre à une demi‐douzaine de familles du quartier qui sont dans le besoin.

Un homme se tient à côté d’une jeune femme portant un hidjab.

Ali avec sa plus jeune fille.

Photo : MCDP, Rob Vincent

La pandémie a non seulement élargi son rôle dans la communauté, mais elle l’a aussi aidé à tisser de nouveaux liens avec sa propre famille. Le fait d’être isolé socialement dans une maison où vivent six enfants (deux sont adultes et vivent en Ontario et à l’Île-du-Prince-Édouard), deux petits‐enfants et sa femme, a été une révélation.

« C’est tellement mieux que ce à quoi je m’attendais, dit‐il. Nous sommes devenus plus proches que jamais. Nous avons plus de temps pour parler ensemble, rire et mieux nous comprendre. Cela a donc été une chose positive dans ce sens, et cela m’a fait réaliser combien de temps j’ai passé loin de ma famille, surtout avec mon implication dans les affaires communautaires, ce qui signifie être absent de la maison. »

Il est également devenu enseignant à domicile et copain pour ses deux plus jeunes garçons, passant du temps à jouer dans la zone sauvage derrière leur maison. Heureusement, la pandémie a allégé un peu ses tâches de pompier, car les accidents et les incendies ont considérablement diminué du fait que les gens restent à la maison. Et il en est reconnaissant.

Un homme est debout sur un terrain de basket et tient deux ballons de basket.

Ali est entraîneur de basket‐ball et aide à faire construire un centre communautaire.

Photo : MCDP, Rob Vincent

Ali souligne l’importance et le pouvoir de la communauté dans la façon dont la Nouvelle‐Écosse a réagi à un autre traumatisme en 2020, lorsqu’un tireur déguisé en membre de la GRC a mis fin à la vie de 22 personnes.

« Cela a eu un impact énorme pour tout le monde dans cette province. Cet endroit est reconnu comme étant paisible et tranquille et cet incident a fait penser à la Nouvelle‐Écosse d’une manière différente. C’était tellement triste de voir que beaucoup de gens ont perdu la vie sans raison. Toute la province est en deuil. »

« Mais j’ai vu des choses très positives. Dans mon quartier, une maison sur deux a un drapeau de la Nouvelle‐Écosse ou quelque chose de bleu. Cela me fait du bien – la beauté de ces moments quand nous nous rassemblons et nous nous tenons ensemble en tant que communauté. »

Ce soutien mutuel et ce sentiment d’appartenance sont ce qui compte le plus pour Ali. C’est ce qu’il s’efforce de créer chaque jour. C’est pourquoi son histoire a fait l’objet d’une exposition au Musée canadien pour les droits de la personne intitulée Notre Canada, mon histoire, qui s’est déroulée en 2017 dans le cadre des célébrations de Canada 150 et qui mettait en scène sept personnes canadiennes remarquables travaillant à relever divers défis en matière de droits de la personne.

Une exposition muséale comprenant de grands portraits de personnes diverses, des écrans vidéo et des sièges confortables.

L’exposition Mon Canada, mon histoire, a été en montre au Musée en 2017.

Photo : MCDP, Aaron Cohen

Dans la vidéo produite pour cette exposition, Ali tente d’expliquer : « La communauté, c’est important pour moi parce que c’est le fondement d’une société. Je suis très fier d’être musulman et d’être Canadien. C’est la beauté de ce pays… le multiculturalisme et la grande diversité de la collectivité. Être Canadien, c’est être soi‐même – il n’y a pas de contradiction. Le destin veut que je redonne à cette communauté et à ce pays. »

Un homme portant un survêtement de couleurs vives et une calotte blanche est assis sur des rochers, avec des bateaux et un port en arrière-plan.

Ali est fier d’être musulman et de faire partie de la communauté de Halifax.

Photo : MCDP, Rob Vincent

Si, comme nouvel arrivant noir musulman venu d’Afrique, il a été victime de racisme et de difficultés, Ali ne vous en parlera pas. Il préfère se concentrer sur les bonnes choses.

Comme de recevoir un appel téléphonique personnel du Premier ministre Justin Trudeau en 2017 pour le remercier après que son histoire a attiré l’attention nationale grâce à la couverture médiatique de l’exposition Notre Canada, mon histoire. Depuis, Ali a parlé au Premier ministre deux autre fois lors d’événements publics.

Comme lors du dévoilement du nouveau billet de 10 $ mettant en vedette Viola Desmond, défenseure noire des droits de la personne en Nouvelle‐Écosse, d’un côté, et le Musée de l’autre – une invitation qu’il a reçue de la Banque du Canada.

Comme d’entendre en plein air, pour la première fois depuis son arrivée au Canada, l’appel à la prière au coucher du soleil pendant le Ramadan. La Ville d’Halifax a autorisé la diffusion de cet appel au printemps 2020 car les musulmans ne pouvaient pas se réunir pendant la pandémie de COVID‐19. C’est une pratique qu’Ali espère voir se poursuivre.

« C’est une chose que je n’aurais jamais pu imaginer, que cela puisse arriver ici. Cela me fait tellement de bien. »

Mais pour Ali, tout cela fait partie d’un processus naturel. Pour lui, c’est le résultat inévitable de la mise en œuvre de l’espoir et des droits de la personne.

« Je chéris l’action. L’action crée la conversation, la conversation crée la compréhension et la compréhension crée l’harmonie. Je suis toujours optimiste que les résultats seront positifs. »

Être Canadien, c’est être soi-même – il n’y a pas de contradiction. 

Ali Duale

Questions de réflexion :

  • Quelles sont mes attitudes envers les personnes nouvellement arrivées au Canada?

  • Comment le fait d’aider ma communauté peut-elle promouvoir les droits de la personne dans le monde?

  • Comment puis-je aider à faire une différence dans ma communauté pendant les périodes difficiles?