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Pourquoi la réconciliation? Pourquoi maintenant?

Par Karine Duhamel, chercheure-conservatrice du contenu autochtone

Visages sculptés en bois.

Photo : MCDP, Aaron Cohen

Détails de l'histoire

Depuis la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, de plus en plus de Canadiens et de Canadiennes semblent adhérer à l’idée de réconciliation.

Mais malgré la popularité du concept, beaucoup de gens se posent encore la question : « Pourquoi la réconciliation? Pourquoi maintenant? » Pour un grand nombre d’Autochtones, la réponse est évidente : ils comprennent l’histoire de dépossession, d’avidité et de manipulation qui a changé à jamais le cours de l’histoire de leurs nations. Pour d’autres, l’histoire des Autochtones est encore mal connue.

La réalité, c’est qu’il n’y a pas de façon d’expliquer simplement des siècles d’injustice historique, tout comme il n’y a pas de façon de démontrer une relation de cause à effet illustrant comment chaque violation a pavé la voie à la suivante. La perte de terres et la destruction des cultures ont donné lieu à la création du système des pensionnats indiens, à une érosion accrue de droits fonciers communaux, à la « rafle des années soixante », à l’appréhension continuelle des enfants autochtones, à la crise des femmes autochtones disparues et assassinées et à l’érosion des droits issus des traités – ces simples énoncés descriptifs ne donnent qu’un aperçu d’un passé marqué par des milliers d’histoires et des milliers de chagrins. 

Donc, lorsque les gens se demandent « Pourquoi la réconciliation? », la réponse est à la fois complexe et on ne peut plus simple : bien que la plupart des Canadiens et des Canadiennes n’aient pas négocié personnellement les traités, administré les pensionnats indiens ou saisi les terres des Autochtones, la réconciliation est une responsabilité collective partagée par tous les Canadiens et toutes les Canadiennes, quels que soient leurs antécédents ou leurs points de vue.

La réconciliation n’est pas une voie à suivre parmi d’autres; c’est la seule voie possible à ce tournant critique.

Pourquoi? D’abord, parce que le monde entier nous regarde et que nous devons, en tant que Canadiens et Canadiennes, nous montrer à la hauteur de nos propres attentes. Depuis que le Canada a donné son aval à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en 2010, il a la responsabilité morale d’en appliquer les principes dans la pratique. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui depuis que le gouvernement a récemment appuyé sans réserve la Déclaration. Si nous voulons dire au reste du monde que nous vivons dans une société juste, libre et démocratique, nous devons prendre en compte les préoccupations des premiers habitants de ce pays.

Deuxièmement, pour bâtir l’avenir, il faut se souvenir du passé. La dénégation persistante des injustices historiques subies par les peuples autochtones constitue un obstacle majeur à la recherche d’une voie à suivre. Étant donné l’accroissement de la population autochtone urbaine au Canada, qui compte près d’un demi-million de personnes de moins de 20 ans, c’est aujourd’hui que l’avenir se joue. Les jeunes Autochtones, celles et ceux qui vivent en milieu urbain et dans les réserves, doivent avoir foi en leur avenir dans ce pays. C’est la seule façon de réparer réellement les méfaits du colonialisme.

Une façon de traduire les idées en action est de repenser la réconciliation et de la voir comme un processus plutôt qu’une fin en soi. Autrement dit, la réconciliation ne se définit pas uniquement par ce que nous faisons, mais aussi par la façon dont on s’y prend. Un processus est forcément axé sur l’avenir : bien que le processus de réconciliation requière que les Canadiens et les Canadiennes assument une part de responsabilité pour les événements passés, il tend la main pour partager l’avenir, C’est ce que la Commission de vérité et réconciliation a décrit comme un nouveau mode de vie qui repose sur la reconnaissance du passé et sur la construction d’un avenir comprenant des changements sociaux, politiques et économiques nécessaires. 

Donc, la réponse aux questions « Pourquoi la réconciliation? Pourquoi maintenant? » se résume à une phrase : c’est notre responsabilité à tous et à toutes. Donnons la parole à la poète, militante et cinéaste Rebecca Tababodong : [traduction] « Vous allez beaucoup pleurer parce que nous ne serons plus jamais les mêmes. Mais nous pleurerons avec vous et nous nous reconnaîtrons dans cet immense gâchis, et nous reformerons doucement le cercle qui enveloppera le vieux et le neuf* ».

* Rebecca Tababodong, « Reconciliation », Nation to Nation: Aboriginal Sovereignty and the Future of Canada, sous la direction de John Bird, Lorrain Land et Murray MacAdam, Toronto, Irwin Publishing, 2002, p. xi-xii.