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La résistance d'une femme

 

Jusqu'où iriez-vous pour défendre vos droits?

 

L'histoire de Viola Desmond

En novembre 1946, Viola Desmond, propriétaire d'un salon de coiffure, se rend au Roseland Theatre, à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse. Malheureusement, ce qui devait être une soirée au cinéma se transforme en une nuit en prison.

Ne sachant pas que le cinéma est un lieu où on applique la ségrégation, la Néo-Écossaise noire choisit un siège au parterre. Quand elle refuse de s'installer au balcon, où les personnes noires sont censées s'asseoir, on l'arrête et l'expulse du cinéma.

Version avec description sonore.

Pour bien des gens, l'histoire se serait arrêtée là, mais Viola Desmond n'accepte pas les accusations portées contre elle et l'affaire se rend jusqu'en Cour suprême de Nouvelle-Écosse.

Une photo en noir et blanc en plan rapproché de Viola Desmond.

Viola Desmond, vers 1940. Elle avait étudié la coiffure et l'esthétique à Montréal et aux États-Unis. Chez elle, à Halifax, les écoles d'esthétique n'acceptaient pas les personnes noires. Viola devient une entrepreneure prospère, administrant une école et son propre salon. Photo : Gracieuseté d'Emily Clyke

 

Elle y retourne et demande : " J'aimerais un billet au parterre, s'il vous plaît. " La caissière blanche lui répond : " Nous ne vendons pas de billets aux gens comme vous. "

- Constance Backhouse, professeure et juriste

 

La ségrégation au Canada

La ségrégation est la séparation imposée des groupes raciaux. Au Canada, il n'y avait pas de lois officielles exigeant la séparation de la population noire et de la population blanche. Par contre, les entreprises comme les boutiques, les cinémas et les restaurants appliquaient leurs propres règles non officielles. C'était le cas du Roseland Theatre.

Une photo en noir et blanc d’une rue bordée de grands bâtiments.

Roseland Theatre. Photo: Gracieuseté de The Halifax Herald Limited.

Viola Desmond est expulsée du cinéma parce qu'elle s'est assise dans une section réservée aux personnes blanches, mais ce n'est pas cette accusation que les autorités portent contre elle. Elle est plutôt accusée de fraude fiscale pour n'avoir pas payé le plein montant de la taxe sur le billet plus cher du siège au parterre - une différence de 0,01 $. Les lois en vigueur sont utilisées pour la punir d'avoir brisé les règles non écrites de la ségrégation.

 

" Aux États-Unis, le racisme était flagrant. Au Canada, il était très discret - presque clandestin. "

- L'honorable Mayann Francis, ancienne lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse.

 

En refusant de changer de place au cinéma et en contestant sa condamnation en cour, Viola Desmond s'attaque directement à la ségrégation au Canada.

Bien qu'elle ait perdu son appel en Cour suprême de Nouvelle-Écosse, sa résistance galvanise la communauté noire de Nouvelle-Écosse et inspire le mouvement de défense des droits de la personne au Canada. Malheureusement, tout cela se fait au prix de lourdes pertes sur le plan personnel pour Viola Desmond. Son mariage prend fin, elle décide d'abandonner son entreprise en Nouvelle-Écosse et déménage à Montréal. Elle meurt en 1965 à New York.

 

" Chaque fois que je parlais de Viola, je prenais conscience de toute l'importance de ce qu'elle a fait, du geste qu'elle a posé. "

- Wanda Robson, sœur de Viola Desmond

 

Un legs canadien à la cause des droits de la personne

Pendant de nombreuses années, l'histoire de Viola Desmond est demeurée inconnue pour la grande majorité de la population canadienne. Cela commence à changer. En effet, Viola a eu un timbre à son effigie, une " Minute du patrimoine " lui a été consacrée, et il y a même un traversier à Halifax, en Nouvelle-Écosse, qui a été baptisé en son honneur. En 2010, la lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse lui a accordé le pardon, à titre posthume, effaçant sa condamnation des dossiers. Et sous peu, Viola Desmond deviendra la première femme canadienne à figurer sur un billet canadien de circulation courante. Le nouveau 10 $ sera mis en circulation vers la fin de 2018. Sur l'endos du billet se trouve une image du Musée canadien pour les droits de la personne, ce qui souligne la contribution de Viola Desmond à la lutte pour les droits au Canada.

Photo : Banque du Canada.

La sœur de Viola Desmond, Wanda Robson, vit toujours en Nouvelle-Écosse. L'histoire de sa sœur l'a inspirée. À 73 ans, elle est retournée aux études, a terminé son baccalauréat ès arts et, aujourd'hui, elle s'adresse aux jeunes pour leur parler de Viola Desmond et de la lutte contre le racisme. Wanda a elle aussi connu les effets de la ségrégation quand elle était enfant. Elle sait que pour mettre un terme au racisme et à la discrimination, nous devons tous et toutes résister, comme sa sœur l'a fait.

Deux femmes souriantes se faisant face, et d’autres personnes en arrière-plan.

Rétablir les faits Mayann Francis, lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse (à gauche), s'entretient avec Wanda Robson, la sœur de Viola Desmond, après la cérémonie du pardon, en 2010.

 

Les choses vont changer. Il faut être patient et ne jamais abandonner. Jamais.

- Wanda Robson

 

La résistance d’une femme est actuellement en montre dans la galerie Les parcours canadiens, au niveau 2.