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La plus grande broderie perlée métisse du monde symbolise la survie d’un peuple unique

Le vendredi 4 mars 2016
Lorsqu’on a demandé à Jennine Krauchi de créer pour le Musée la plus grande broderie perlée métisse du monde, elle a d’abord hésité.

Lorsqu’on a demandé à Jennine Krauchi de créer pour le Musée la plus grande broderie perlée métisse du monde, elle a d’abord hésité.

« Je n’avais jamais rien fait de tel auparavant, explique Jennine Krauchi, une artiste de Winnipeg qui a confectionné des vêtements perlés pour des premiers ministres et créé des œuvres d’art pour des musées à Ottawa, en Écosse, en France et en Oregon. J’étais ravie, mais aussi terrifiée. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée. »

Elle a commencé par faire un croquis sur une énorme feuille de papier en dessinant neuf grosses fleurs, y compris une rose géante pour symboliser la survie des Métis. Elle ignorait à ce moment que son œuvre allait aussi inclure les noms de neuf communautés installées dans des réserves routières qui ont été détruites au nom du progrès.

Une femme portant une ceinture fléchée métisse se tient debout devant une exposition qui montre une oeuvre de broderie perlée.

La superbe œuvre mesure sept mètres de hauteur, pèse plus de 27 kilogrammes et est exposée dans la galerie Perspectives autochtones du Musée. Elle fait partie d’une exposition sur le déplacement des Métis sans terre qui s’étaient établis dans les réserves routières du gouvernement. La prose de l’auteure métisse renommée, Maria Campbell, est aussi mise à l’honneur.

Jennine Krauchi et sa mère, Jenny Meyer, ont utilisé des milliers de perles anciennes de l’époque du commerce des fourrures pour broder le motif floral distinctif qui caractérise le perlage métis. « J’adore les couleurs de cette époque et les teintes délavées ou adoucies des anciennes perles italiennes ou françaises, mentionne-t-elle. Appelés les « gens du perlage floral » par de nombreux peuples des Premières Nations, les artistes métis font depuis longtemps partie du patrimoine culturel unique du Canada. Leur travail combine des influences de la broderie française au fil de soie et du perlage autochtone inspiré de la nature.

Des élèves de l’école Brooklands et des membres de la communauté métisse du Manitoba ont contribué, en partie, au projet qui a nécessité huit mois de travail en vue de l’ouverture du Musée en 2014.

Une main touche un ouvrage de perlage métis floral.

Un immense sac à feu dit « pieuvre », ainsi appelé en raison des languettes décoratives qui se prolongent au bas, a ainsi été confectionné. Ce type de sac, toujours richement brodé de perles, constituait une partie essentielle de l’habillement des hommes métis, dans les années 1800. Ce sac à feu servait à transporter une pipe, du tabac et du matériel pour le feu et il était porté à la taille, partiellement replié sous la ceinture fléchée.

Les derniers pouces de perlage ont été faits avec l’aide du jeune arrière-petit-fils de George Fleury, un aîné métis qui a dû quitter sa maison lorsque la communauté de Sainte-Madeleine, installée dans une réserve routière au Manitoba, a été détruite dans les années 1930. Par une étrange coïncidence, cette dernière partie du travail de perlage se trouvait directement à côté du nom de la communauté de Sainte-Madeleine, sur l’œuvre d’art.

Jennine Krauchi a elle-même grandi dans la plus pure tradition métisse avec une mère qui pratiquait la chasse, la pêche et le piégeage. Le perlage a toujours été présent dans sa vie. Elle explique que, bien que les motifs soient toujours floraux, chaque communauté et artiste métis a un style distinctif.

« Les femmes faisaient ce travail pour leurs familles, en témoignage de leur amour, qu’il s’agisse d’un petit sac pour bébé ou d’une grande veste perlée. Les religieuses nous ont enseigné la broderie française au fil de soie, mais nous avons appris le style inspiré de la nature de nos ancêtres autochtones. Si vous regardez la tige de mes fleurs, vous verrez de petites lignes qui ressemblent aux traces laissées par une souris dans la neige. »

 

« Je pense que la chose la plus importante pour nous, les Michifs,1 est la terre. Si nous avons une terre, nous avons un endroit pour former nos générations futures. Autrement, nous vivrons toute notre vie dans des réserves routières. »

« Vous savez, on nous chasse d’un endroit, nous prenons nos affaires et nous partons; ils brûlent nos maisons, nous allons ailleurs. Il est très difficile de préserver un lieu lorsqu’on perd constamment ses choses dans un incendie. »

« Je crois que le fait que nous soyons encore très fiers de notre culture et que notre langue soit vivante en dit long sur notre peuple. Je n’ai jamais été dans une communauté michif où la culture se meurt. Jamais. »

--- Maria Campbell, auteure

1 Le michif est la langue traditionnelle des Métis.

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