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La Journée Raoul Wallenberg : La liberté d’expression et la responsabilité d’écouter

Le lundi 11 mars 2013

Le 17 janvier 2013, j’ai eu le privilège de participer aux activités de la Journée Raoul Wallenberg organisées par la Gray Academy of Jewish Education, une école de Winnipeg qui offre des programmes de formation générale et d’éducation juive, de la maternelle à la 12e année.

Raoul Wallenberg était un diplomate suédois posté en Hongrie durant la Deuxième Guerre mondiale. Il s’est servi de son influence diplomatique pour délivrer des passeports à des Juifs hongrois, sauvant ainsi des dizaines de milliers de personnes de la déportation vers les camps de la mort nazis. Le 17 janvier 1945, Raoul Wallenberg a été gardé en détention par les autorités soviétiques. On présume qu’il est décédé ou a été tué dans une prison soviétique, mais son sort exact demeure inconnu. En raison de ses gestes héroïques, Raoul Wallenberg est devenu en 1985 citoyen canadien honoraire à titre posthume, soit la première personne à recevoir un tel hommage. En 2001, le 17 janvier a été déclaré la Journée Raoul Wallenberg au Canada.

En l’honneur de Raoul Wallenberg, la Gray Academy organise chaque année des activités sur les droits de la personne à l’intention des élèves de la 9e à la 12e année. Cette année, le thème choisi était « la liberté d’expression ». La journée a commencé par un panel de discussion dirigé par Howard Morry, avocat et récipiendaire de la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. Les panellistes étaient le professeur Bryan Schwartz, Wadood Ibrahim (P.-D.G. de Protegra) et moi-même. Durant la discussion, Bryan Schwartz a parlé de la signification de la liberté d’expression en tant que droit de la personne. Wadood Ibrahim a parlé de son expérience personnelle, ayant grandi dans un milieu dans lequel les citoyens n’avaient pas droit à la liberté d’expression.

Durant mon intervention, j’ai parlé des liens étroits entre le contrôle strict de l’expression dans l’Allemagne nazie et l’éradication systématique des droits de la personne et de la dignité humaine sous le régime nazi durant l’Holocauste. Citons notamment la persécution économique contre les Juifs en 1933 jusqu’aux boycottages ou aux restrictions dans les emplois, ainsi que la perpétration d’un génocide par les nazis et leurs collaborateurs durant la Deuxième Guerre mondiale.

Après la discussion, les élèves se sont séparés en petits groupes pour divers ateliers. Dans l’atelier que j’animais, les élèves et moi avons examiné la liberté d’expression en tant que droit de la personne et en tant qu’outil pour promouvoir et protéger les droits de la personne. Nous avons utilisé l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme comme point de départ et avons réfléchi à la façon dont le fait d’exprimer ses opinions représente la liberté, tout comme le droit d’entendre les opinions des autres. En groupe, nous avons exploré ces sujets en nous servant de deux études de cas. Dans la première étude, nous avons fait une comparaison entre la liberté d’expression dans les années 1930 et 1940 au Canada, alors que les idéologies pronazies et antinazies étaient présentes dans la presse canadienne, et l’Allemagne nazie dans laquelle l’information faisait l’objet d’un contrôle strict et les dissidences exprimées étaient sévèrement punies.  

La deuxième étude de cas portait sur l’autre aspect de la liberté d’expression, soit le droit d’entendre. J’ai alors invité les élèves à réfléchir à la « responsabilité d’écouter ». Pour faire la lumière sur cette question, nous avons examiné la couverture médiatique de la famine génocide ukrainienne de 1932-1933 (l’Holodomor) faite par deux journalistes, l’un tentant de faire connaître la vérité (Gareth Jones) et l’autre tentant de la cacher (Walter Duranty). La séance s’est terminée par un retour sur Raoul Wallenberg, un homme qui a pris la responsabilité d’écouter les personnes qui appelaient à l’aide.

Les élèves se sont engagés dans une discussion animée et ont débattu de divers sujets, à savoir s’il devait y avoir une certaine limite à l’expression dans une société démocratique et le rôle joué par les médias sociaux dans la démocratisation de la libre expression. J’ai été extrêmement impressionné par leur jugement critique et le haut niveau des discussions et j’étais enchanté d’avoir été invité à prendre part aux activités de la journée. Lorsque le Musée canadien pour les droits de la personne ouvrira ses portes en 2014, il représentera un lieu dans lequel de telles conversations seront encouragées et permettra à nos jeunes de garder vivant le dialogue sur les droits de la personne. 

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