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Liberté d’expression en Amérique latine

En Amérique latine, les gens ont souvent utilisé l’art et l’artisanat pour exprimer leur résistance face à la répression et à la violence. Lorsque la liberté d’expression est menacée, l’art peut être une forme d’expression pour ceux et celles qui refusent de garder le silence. Les expressions d’art peuvent également servir de témoins des atrocités commises par des régimes d’oppression.

L’exposition Liberté d’expression en Amérique latine utilise des œuvres d’art saisissantes, de puissants récits personnels et des technologies de réalité amplifiée pour raconter les histoires de gens qui se sont servis d’art pour révéler la vérité et inciter à l’action. L’exposition est située dans la galerie d’introduction du Musée (Que sont les droits de la personne?).

 

Les artistes rompent le silence : les arpilleras

Une oeuvre d'art en tissu illustrant une scène où des soldats brûlent deux personnes.

Pendant le régime dictatorial de Pinochet au Chili (1973-1990), des groupes de femmes, connues sous le nom d’arpilleristas, créaient des images saisissantes cousues en mosaïque afin d’illustrer et de dénoncer les atrocités commises. Les femmes s’exposaient à de grands risques pour fabriquer ces œuvres interdites. Elles les exportaient clandestinement pour transmettre des messages de résistance ayant pour but d’encourager la solidarité avec le peuple chilien.

L’une des arpilleras exposées raconte l’histoire de Carmen Gloria Quintana, une étudiante de 18 ans qui participait à une manifestation en 1986 lorsqu’elle a été arrosée d’essence par des soldats puis mise à feu. Avec l’aide d’un diplomate canadien, Christian Labelle, elle a été transportée par avion au Canada où elle a reçu des soins médicaux et où sa famille a trouvé refuge. Lorsque Christian Labelle a revu Carmen Quintana à Ottawa en 2015, presque 30 ans plus tard, il lui a remis deux autres arpilleras qui racontent son histoire, ceux-ci confectionnés par un groupe de femmes de son quartier du Chili. Carmen Quintera réside actuellement à Montréal.

 

Écoutez l'entrevue (en espagnol).

Lisez la transcription d'une entrevue avec Carmen Gloria Quintana réalisée par un membre du personnel de conservation du MCDP (traduit vers le français).

 

Écoutez l'entrevue (en français).

Lisez la transcription d'une entrevue avec Christian Labelle réalisée par un membre du personnel de conservation du MCDP (en français).

 

Une histoire racontée en réalité amplifiée

On utilise la réalité amplifiée pour explorer plus à fond l’histoire de Carmen Quintana, mise à feu alors qu’elle était une dissidente adolescente au Chili, puis transportée au Canada pour recevoir des traitements et pour y trouver refuge. Les visiteurs et visiteuses pourront utiliser un iPad pour examiner l’arpillera qui raconte son histoire, ce qui permettra de révéler des images et du texte à l’écran au sujet de ses expériences, y compris des extraits d’entrevues réalisées par un chercheur-conservateur du MCDP en 2016. Par ailleurs, c’est uniquement par cette expérience que les visiteurs et visiteuses pourront explorer deux objets numériques (des arpilleras supplémentaires) qui ne sont pas exposés en galerie.

 

Découvrez l'histoire n'importe où!

Renseignez-vous sur l'histoire de Carmen Quintana et de son trajet vers le Canada racontée au moyen d'arpilleras. Téléchargez et imprimez ce fichier PDF et téléchargez l'appli mobile gratuite (intitulée « L’étoffe de la résistance : dénoncer par l’artisanat ») pour iPhone ou Android afin d'explorer l'image. Des cartes avec l'image de l'arpillera sont également disponibles en galerie.

Disponible sur l’Apple Store
 
Disponible sur Google Play

 

 

Les artistes sont témoins : les retablos

Une boîte en bois s'ouvre et révèle une scène artistique à l'intérieur.

Forme sophistiquée d’art folklorique, les retablos sont constitués d’une boîte portative représentant des événements importants pour les peuples autochtones des hauts plateaux du Pérou et de la Bolivie. À la suite d’un violent conflit entre une organisation terroriste appelée « Sentier lumineux » et le gouvernement péruvien dans les années 1980 et 1990, les artistes utilisaient des retablos pour préserver les témoignages de survivants et de survivantes. La grande scène construite pour la publication du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation du Pérou, à Ayacucho en 2003, avait la forme d’un retablo.

L’artiste péruvien autochtone Edilberto Jiménez Quispe a créé des répliques de deux de ses œuvres pour le Musée canadien pour les droits de la personne. Dans l’une, des membres du peuple chungui demandent à un oiseau-mouche de faire passer le message au sujet des violations subies par leur peuple. Dans l’autre retablo, intitulé « La mort », l’artiste a déguisé les figures de soldats en moines pour éviter des représailles, vu que des militaires étaient entrés de force dans sa résidence alors qu’il travaillait sur l’œuvre.

 

Les artistes lancent un appel à l’action : des autels du Día de Muertos

Un autel aux couleurs vives couvert de leurs, de bougies, de crânes, de cadres-photos et de figures découpées en papier.

Au Mexique, la construction d’autels pour honorer les morts date d’avant le contact avec les Européens. Les autels contiennent des souvenirs rappelant des personnes décédées, ainsi que des décorations colorées en papier, des fleurs, des bougies et des crânes aux couleurs vives. Les célébrations du Jour des morts (Dia de Muertos), le 2 novembre chaque année, tirent leur origine de traditions anciennes.

Le Musée du souvenir et de la tolérance, à Mexico, a créé un autel du Jour des morts comme appel à l’action pour la protection des journalistes et de leur droit à la liberté d’expression. Le Mexique est l’un des pays les plus dangereux du monde pour les journalistes, qui peuvent être tués pour avoir dénoncé les cartels de la drogue ou la corruption de l’État. Trente-sept journalistes ont été assassinés au Mexique depuis 1992 en raison de leurs enquêtes, et 47 autres sont morts dans des circonstances suspectes.

Un crâne en céramique bleu avec des motifs artistiques blancs.

Cette partie de l’exposition contient des effets personnels du journaliste Rubén Espinosa, un critique du gouvernement de Veracruz, qui a été torturé puis tué en 2015.